A. AGASSIZ
En même temps s'était fermée Touverture du côté droit.
Bientôt après, cette nouvelle ouverture augmenta de dimension et l'œil du côté droit, ayant continué son trajet, putToir aussi librement que l'œil gauche.
J'ai pu constater ainsi, sur un seul et même exemplaire, le passage de l'œil du côté droit au côté gauche à travers les tissus de la tête, entre la base de la nageoire dorsale et Vos frontal.
Cette observation conduit à des conclusions un peu différentes de celles de M. Steenstrup, qui pensait pouvoir prouver, d'après l'examen d'exemplaires conservés dans l'alcool, que l'œil du côté droit passait, pour se rendre du côté gauche, par dessous le frontal. Évidemment, ce n'est pas le cas ici, l'œil passant autour de cet os et la torsion de celui-ci n'étant que très-faible, à cette période du développement. Quoique le mode de translation de l'œil paraisse, à première vue, bien différent de celui décrit plus haut, on peut cependant les considérer comme identiques, mais à la condition de supposer que la nageoire dorsale ne se soit pas étendue au delà du bord postérieur de l'orbite droite. J'espère donner bientôt des détails complets sur la marche que suit l'œil dans sa translation à différentes époques du développement, dans une Note que je prépare sur l'embryogénie de quelques-uns de nos Poissons osseux d'espèces marines.
Si j'ai pu constater, degré par degré, dans des exemplaires vivants la translation de l'œil d'un côté à l'autre, je ne puis, au contraire, fournir d'explication sur la cause qui sollicite les Pleuronectes à se tenir sur le côté. Les explications. qui ont été données jusqu'ici pour rendre compte de ce fait, ne sont pas satisfaisantes. Car la grande hauteur du corps, la position des nageoires dorsale et ventrale, et les mouvements ondulés du Poisson quand il nage, sont autant de causes qui devraient lui permettre dé nager verticalement. C'est du reste ce
DEVELOPPEMENT DES PLEURONEGTES. 197
qui a liea dans la première période de soa existence et alors qo'il a infiniment moins de moyens pour se soutenir yerlica* lement.
La rapidité avec laquelle les jeunes Pleuronectes s'adaptent eux-mêmes à la couleur du fond sur lequel ils sont placés, est merveilleuse. Chez une de ces espèces, les cellules pigmentaires rouges, jaunes ou noires, se combinent si rapidement ou, au contraire, celles d'une même sorte prennent si promptement une prépondérance sur les autres, qu'il est à peine croyable que le même Poisson puisse acquérir des teintes si différentes dans un aussi court espace de temps. Le volume et le nombre de ces cellules peuvent cependant expliquer ai* sèment tous ces changements.
Les jeunes de ce Pleuronecte transparent ne se tiennent pas invariablement sur le côté droit; il semble, du reste, que ce soit pour eux une affaire de chance, car, sur quinze exem* plaires huit, qui s'étaient tenus sur le côté gauche, moururent sans que la translation de l'œil gauche sur le côté droit eût pu s'effectuer, tandis que les sept autres qui s'étaient placés sur le côté droit vécurent, ce qui permit de constater chez eux, cette translation.
Ce fait nous donne l'explication de la rareté des individus ayant le côté gauche coloré. Dans les autres espèces mentionnées plus haut, les jeunes que j'ai eu l'occasion de con^ server vivants se tournaient sur le côté qui permettait à l'œil d'opérer sa translation. Je dois également mentionner ici, qu'à une certaine période du développementi les jeunes de nos Cténolabres montrent une tendance marquée à se tenir sur le côté droit. Ce fait est également constatable chez les exemplaires de ces Poissons qui ont atteint leur entier développe* ment et qui prennent une position oblique quand ils se trouvent en présence de quelque obstacle.
REMARQUES 0STÉ0L06IQUES