DES PIEDS DES ÉDENTÉS
PAR
M. Paul «EBVAIS (!)•
(Suite).
Bradypidés vivants et fo$nle$.
Les membres des Un aux [CholiBpus) et des Aïs (g. Bradypus ou Acheus) qui ont une construction si bizarre, nous montreraient, s'il en était besoin, combien il est utile d'étudier Tes* téologie des animaux pris avant l'âge adulte^ pour comprendre le mode d'appropriation des pièces qui constituent leur squelette, et de les examiner ainsi lorsqu'elles ne sont point encore confondues les unes avec les autres par la synostose ; c'est le seul moyen de se faire une idée de leur mode de développement et d'établir les rapports qu'elles ont dans leur compo-
(1) Voir p. 79.
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sition avec les mêmes parties envisagées dans le reste des espèces de la même classe.
Si Ton prend l'omoplate d'un Paresseux^ soit Unau, soit Aï, on constate que la perforation existant près le bord antérieur de la fosse sus-épineuse de ces animaux ainsi que de plusieurs autres genres d'Édentés, a la même origine que toutes les autres perforations osseuses, et que la loi de Serres lui est applicable. Il existe alors chez les Paresseux un coracoïdien distinct, lequel est moins une apophyse de l'omoplate qu'un os particulier articulé par synarthrose avec elle, et la perforation dont il s'agit se trouve ouverte entre ces deux pièces. Ce n'est également que par suite des progrès de l'ossification que l'apophyse coracoïde se soude avec ce coracoï* dien pour donner à l'omoplate des Paresseux l'aspect particulier qui la distingue, aspect que l'omoplate du Mégalhérium présente d'une manière plus caractéristique encore et que l'on retrouve chez d'autres animaux gigantesques du même groupe, tels que le Mylodon et le Scélidothérium. On ne l'observe pas il est vrai, chez le Mégalonyx dont l'apophyse acromion et la saillie coracoïdienne restent toujours distinctes Tune de l'autre.
La clavicule de l'Âï n'atteint pas le même développement que celle de l'Unau.
L'humérus a aussi une forme particulière pour chacun de ces deux genres. Celui de l'Unau a la coulisse bicipilale mieux marquée ; il est plus large et plus aplati dans sa partie inférieure, quoique sa poulie soit moins grande, et il est pourvu au-dessous de l'épitrochlée d'une grande perforation qui manque à l'humérus de l'Aï. Cette perforation se retrouve mais avec une forme difiërente dans les genres éteints appelés Mégalonyx et Scélidothérium ; elle manque dans le Hégathértum et dans le Mylodon .
L'avant-bras des mêmes animaux présente aussi des particularités remarquables, mais dont nous n'avons pas à donner en ce moment la description.
Des différences plus grandes encore s'observent à la patte antérieure.
Les Paresseux actuels qui sont les plus grêles des Édentés bradypoîdes, ont cette partie des membres allongée et pourvue d'ongles longs et arqués. Il y en a deux chez TUnau et trois chez l'Aï, mais dans l'un et dans l'autre de ces deux animaux, on constate, à droite et à gauche des métacarpiens bien développés, un métacarpien plus petit et ces deux métacarpiens ou os supposés tels, sont l'un et l'autre dépourvus de pba^ langes. Les métacarpiens latéraux de l'Aï sont plus petits que ceux de l'Unau, et ils se soudent à la base des os de même nom qui répondent au second et au quatrième doigts. Les métacarpiens sont eux-mêmes soudés entre eux par la base chez l'Àï et les os de la seconde rangée du carpe tendent à se laisser comprendre dans la même synostose.
Chez rUnau, la séparation des mêmes pièces persiste et l'on ne donne comme soudées entre elles que deux des pièces du carpe de ces animaux, le scaphoïde et le trapèze. Mais l'examen d'une préparation provenant d'un sujet non encore adulte, a conduit M. Flower (1) à penser que l'os unique chez l'adulte, qui a été regardé comme étant un métacarpien externe privé de phalanges, se compose, au contraire, de trois pièces, dont la supérieure, qui est plus petite que la troisième, représenterait, d'après ce savant anatomiste, le trapèze considéré à tort comme soudé au scaphoïde ; ce serait là le trapèze véritable, et l'os regardé comme un scapho-trapèze resterait simplement un scaphoïde. La seconde pièce du même prétendu métacarpien
(1) Joum. ofAnal, and Phys. eondueted by Hamphrey and Tumer^ 2* série, l. YI, p. 255 ; 1873.
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externe (JeTiendrait alors l'épiphjse de ce métacarpien, et la troisième, c'est-à-dire la plus longue serait le corps du métacarpien lui-même. Hais nous verrons plus loin que l'élude des Hégathériens ou grands Bradypidés d'espèces fossiles, ne parait pas confirmer celte manière de voir, si iDgéuieuse qu'elle soit, et je me demande si la patte antérieure d'un squelelle de Ckolœpus Hoffmanni, conservé dans notre collection, lequel était à peu près du môme âge que la pièce observée par M. Flower, ne donnerait pas l'explication de ce petit problème.
Je constate, eneffet, chez notre Unau d'Hoffmann, (fig. A)[l) non pas trois mais deux divisions à l'os, jusqu'ici décrit comme étant un métacarpien dépourvu de phalanges, propre au genre qui nous occupe. La moins ^ ^' ' grande de ces pièces os-
seuses, qui en occupe le haut, répond à celle que M. Flower croit être le trapèze et elle est à peu près de même forme que chez rUoau ordinaire {fig. B).
Ne serait-ce pas plutôt le métacarpien lui-même, réduit à une longueur moindre que ceux des deux doigts principaux ? La grande pièce serait une phalange ou plutôt la réunion de la première et de la seconde phalanges du doigl qui correspond au pouce, déjà soudées entre elles comme cela a, du reste, lieu chez l'Aï; elles seraient , au contraire , encore distinctes dans la pièce de M. Flower, les Unaus conservant la séparation de leurs pre-
(1) A. Carpe el métacarpe du Ckolœpui ffoffinami. — B. Id. du Ch. didadirliM adulte.
mière et seconde phalanges pour leurs deux grands doigts, tandis qu'il y a soudure de la phalange et de la phalangine chez les Aïs. La base du prétendu métacarpien interne remonte d'ailleurs chez les Unaux à la même hauteur que celle des deux grands métacarpiens ou celle du métacarpien externe, lequel est beaucoup plus petit chez TUnau d'Hoffmann que chez le Cholœpu$ didactylus.
Je donne à la page précédente des figures comparatives du pied de devant de nos deux espèces d'Unaux.
Il sera intéressant de constater si, dans le premier âge, le prétendu métacarpien rudimentaire externe des Unaux est formé de plusieurs parties comme Finterne.
Chez l'Aï adulte, le carpe n'est pas moins singulier que chez rUnau. On y compte, de même, à la première rangée trois os, non compris le pisiforme, savoir : le scaphoîde, le semi-lunaire et le pyramidal ; ils ne sont pas soudés entre eux et le premier se prolonge inférieurement de manière à faire supposer qu'il s'adjoint de ce côté le trapèze, comme cela parait décidément avoir lieu chez TUnau. La seconde rangée ne montre que deux os, au lieu de trois : 1^ un trapézoïde, sans doute uni au grand os, et portant les premier et second métacarpiens qui' répondent aux doigts numéros 2 et 3 ; S"" un os crochu ou unciforme sur la facette inférieure duquel porte le grand métacarpien médian. Ces deux os mésocarpiens tendent à se souder aux trois grands métacarpiens principaux, le second et le troisième le sont même réellement, tandis que, chez TUnau, où il n'y en a que deux, ils restent bien séparés de ceux des deux doigts intégralement développés qu'ils supportent
En dehors d'eux, soit sur la face interne de celui qui répond au doigt numéro 2 des animaux pentadactyies, soit sur la face externe de celui qui représente le doigt numéro 4, s'élève une double saillie, répondant évidemment au premier et au cinquième doigts ou, tout au moins, à leurs métacarpiens restés