‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 10 sur 293 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

complète de l'hôpital, les convois de voitures sur lesquelles on

aura chargé les effets, si ceux-ci n'ont point été retenus pour garantir l'acquittement des dépenses faites pour ledit hôpital,

« La présente convention, seulement applicable aux militaires blessés, sera publiée à l'ordre des deux armées et lue dans chaque corps deux fois par mois. L’exécution de ses articles est recommandée à la loyauté et à l'humanité de tous les braves, et chaque armée promet de faire punir exemplairement quiconque

y contreviendra. »

Dans ces articles, on le voit, étaient en germe la plupart des bienfaits qu'a réalisés de nos jours la convention internationale de Genève. À cet égard cependant la grande âme de Percy devançait son époque; sa sollicitude pour les victimes de la guerre ne fut pas comprise du général autrichien ; il parut impossible de neutraliser les hôpitaux sans nuire aux opérations militaires; aucun accord ne fut conclu, et, sincèrement attristé de cet échec, le chirurgien en chef de l’armée du Rhin n'eut d'autre ressource que de prodiguer indifféremment les secours de son art aux blessés de l’une et de l’autre armée. Il assista aux batailles d'Engen et de Môsskirch (3 et 5 mai 1800). Le 10 mai, les ambulances mobiles rendirent les plus grands services au combat de Memmingen, et, dans le rapport qu'il adressa, le 13, au général en chef, Lecourbe célébra en termes chaleureux la création de son compatriote : « Nous devons tous, écrivit-il, un tribut d'éloges mérités aux corps mobiles de chirurgie, à cette nouvelle institution créée par le citoyen Percy, le père et le sou-

tien de la chirurgie militaire. Les officiers de santé de ces corps - mobiles ont porté des secours, même sur le champ de bataille; ils se sont tellement distingués par leur zèle que le soldat les vénère

etse console, lorsqu'il est blessé, parce qu'il voit que les premiers secours lui sont donnés avec une rapidité sans exemple (1). »

(1) C. Laurent, Histoire de la vie et des ouvrages de P.-F. Percy, p. 178. | PT )

Chose singulière! C’est le jour même où Lecourbe signalait ainsi les services rendus par Percy, qu'une lettre comminatoire partait de Paris à l'adresse de ce dernier. J'ignore ce qui avait pu motiver ce nouvel avertissement; on est presque tenté de s'en réjouir, lorsqu'on lit la réponse qu il valut au commissaire ordonnateur en chef Mathieu-Faviers: elle est d’une envolée superbe et rarement plus fier langage fut tenu à un supérieur par un de ses subordonnés.

« Citoyen, écrivit Percy, veuillez apprendre au ministre de la guerre, à l'insu, mais de la part de qui on ne cesse de m'adresser les reproches les plus impertinents, que ce chirurgien en chef de l'armée du Rhin, qu'on a affecté dans la lettre du 23 floréal, dont vous venez de me donner communication, de ne désigner que par son titre, s’appelle Percy, nom que la bassesse ne souilla jamais, que la làcheté n'atteignit pas encore et que les admonestations ridicules de quelques commis sottisiers ne parviendront pas à obscurcir. Dites-lui aussi que ce nom odieux seulement aux méchants, aux pervers, survivra peut-être à bien des noms auxquels l'intrigue, une faction ou le hasard ont donné une célébrité éphémère. Ne lui laissez pas ignorer que celui qui le porte est au-dessus de toutes les menaces ; qu'il a prouvé plus d'une fois que nul pouvoir ne tenterait impunément de l'humilier; qu'il n'a besoin ni du ministre ni de ses bureaux; qu'il a une conscience, une fortune et une réputation qui le rendent indépendant ; et que si, pour être utile, il supporte avec patience | les travaux de la guerre, il est bien décidé à la faire aux sots et À aux insolents qui oseront le régenter ou chercheront à l'avi- | ir (1). » | ( ;

La veille du jour où cette lettre fut écrite, l'armée avait livré la bataille d'Erbach et l'on comprend sans peine l'impatience que ressentait Percy en se voyant poursuivi au chevet des blessés par les reproches des bureaux de la guerre. Pendant les combats livrés autour d'Augsbourg, il sauva un grand nombre d'émigrés

(1) Mindesheim, 6 prairial an VIII (26 mai 1800).

INTRODUCTION | XXUII

qui allaient périr sur un lac : deux cents d’entre eux furent cachés par lui dans les caves et les greniers du couvent des Franciscains, :où il leur prodigua en secret les soins les plus émpressés. Dénoncé pour cette action aux représentants du peuple, il fut arrêté comme suspect, mais les réclamations du général en chef le firent bientôt élargir. Déjà, à Rheinfelden, il avait montré le même mépris du danger en organisant avec un de ses collabo- -rateurs l'évasion de trente et un émigrés incarcérés, jugés et condamnés à mort par une commission militaire, en vertu des lois qui assimilaient aux émigrés rentrés en France les émigrés arrêtés sur le territoire occupé par les armées de la République. … Parmi ces infortunés se trouvaient un ecclésiastique, des femmes, . des enfants; grâcé aux deux chirurgiens, tous furent embarqués . pendant la nuit sur un bateau qu'une personne sûre conduisit de l’autre côté du Rhin. « Il y avait, dit son biographe, d'autant plus de courage à secourir ces malheureux que, deux jours avant leur évasion, on avait fait fusiller dix personnes qui avaient . rendu le même service à d'autres émigrés (1). » . Au passage du Danube (19 juin 1800), Percy ne quitta pour ainsi dire pas Lecourbe, à qui fut due la réussite de cette hasar- . deuse opération; il était à ses côtés, quand un boulet emporta - son panache. Indifférent au péril, on le vit, pendant la bataille … d'Hochstett, courir à cheval sur tous les points de l’action; c’est ainsi qu'il fut témoin de la bouillante ardeur avec laquelle son … neveu Wadeleux (2), qui remplissait auprès du général les fonc- | tions d'aide de camp, fondit à la tête de quelques carabiniers sur un bataillon autrichien, qu'il contraignit à mettre bas les armes; lui-même faillit être emporté par une curiosité témé-

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- raire au plus épais d'un combat de cavalerie : « Je voulais, dit-

(1) G. LaurENT, op. cit., p. 190.

(2) Ce neveu était fils de la sœur aînée de Percy, dont il fit tour à tour » l'orgueil et le désespoir par sa bravoure: et ses coups de tête. Vinat-deux … fois blessé pendant la campagne d'Égypte et souvent cité avec éloges dans — les ordres du jour des généraux, il finit par quitter l’armée dans un moment de dépit. Cf. Larrey, Mémoires de chirurgie militaire, t. 1,

XXUIII JOURNAL DU BARON PERCY il, voir de près cette sanglante boucherie. » Gela.ne l’empêcha pas de veiller au fonctionnement des ambulances, et Lecourbe écrivit à Moreau, le 4 messidor an VII (23 juin 1800) : « Les corps mobiles de chirurgie se sont signalés ; le citoyen Percy, qui les dirigeait en personne, avait si bien pris ses mesures qu'aucun blessé n’a attendu pour être relevé et secouru. » Le 8 messidor (27 juin), il se trouva au combat d’Oberhausen, qui coûta la vie au premier grenadier de France, La Tour d'Auvergne, et Lecourbe renditencore témoignage qu'il avait organisé les secours avec le zèle et le courage qui lui étaient propres : « Nul blessé, déclara-t-il, n’est resté au pouvoir de l'ennemi (1). »

La campagne était presque terminée, quand un article du nouveau règlement des hôpitaux militaires vint alarmer la susceptibilité du grand chirurgien. Jaloux de maintenir intactes ses attributions, il écrivit au ministre de là guerre : « Citoyen ministre, la chirurgie militaire m'honora autrefois; je crois l'avoir honorée à mon tour; je ne veux pas qu’elle me déshonore au déclin de ma carrière. Jetez les yeux sur l’article exumi de la section XI du nouveau règlement des hôpitaux, pour ne vous citer que celui-là, et voyez si je puis, si je dois rester plus longtemps aux armées (2). » Le ministre s’empressa de calmer ses craintes en le priant d'indiquer les modifications dont le règlement en question lui paraïssait susceptible : « Quand on

s'est comme vous, lui dit-il, honoré par une carrière labo-.

rieuse, peut-on craindre qu'une mesure qui est générale puisse porter atteinte à cet honneur mérité? » Percy n’eut pas de peine à se rendre à un avis exprimé d'une manière aussi flatteuse; il comprit que son devoir était de rester à son poste, et continua à diriger le service de santé de l’armée du Rhin jusqu'à la mémorable bataille de Hohenlinden (3 décembre 1800),

(1) Augsbourg, 27 vendémiaire an IX (18 octobre 1800). d'a

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