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ENCOMBREMENT ET MISÈRES DES BLESSÉS

% avail fracturé les os. J'ai vu un jeune conscrit qui, ayant … reçu un coup de fusil sur une des malléoles, avec fracture … de la tête du péroné, avait la balle dans le scrolum, ce qui m a fait penser qu’il avait été blessé en se sauvant à toutes jambes. Un jeune homme maigre et débile avait plus de soixante coups de lance de Cosaque sur le corps et aucun ne pénétrait. Un canonnier avait les deux jambes . emportées et n'avait pas perdu de sang : on sait que dans Vattrition effroyable produite par le boulet le sang ne coule que rarement et par le froid il y a encore bien moins dhémorragie. Nos chirurgiens-majors aiment à se servir de mon rétracteur dans l’amputation de la cuisse : rien, - en effet, n’est plus commode que cet instrument. J'aurai un assez bon lit : plût au ciel que tous nos blessés fussent aussi bien que moi!

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10. — J'ai assez bien dormi et j’en avais besoin, car … j'étais excessivement fatigué. Hier soir, à huit heures, . mon neveu et moi courions encore les rues pour procurer - à nos blessés des hangars, des plumons pour les empêcher . de mourir de froid, et, après leur en avoir trouvé quarante, . que nous leur fimes conduire sur un traîneau, nous allâmes les visiter et faire remettre les grandes portes de ces remises, dont les soldats s’étaient encore emparés pour bivouaquer. Je commandai un chirurgien de garde pour rester non loin d’eux pendant la nuit ; ils avaient eu du “bouillon, un peu de pain; mais il n’y avait personne et point d’ustensiles pour leur donner un peu d’eau jusqu’au lendemain. Nos domestiques se sont empoisonnés avec des pommes de terre cuites dans un chaudron chargé d'oxyde : ils ont bien vu le vert-de-gris ; mais la faim, ou “plutôt la gloutonnerie, l’a emporté; ils ont vomi et eu une diarrhée salutaire. Je me suis procuré une bonne petite . voiture couverte qui me sera très utile, car il va dégeler ; . Je vent est au sud-ouest et le temps est doux.

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Notre service commençait à se débrouiller ; nous avions rappelé dans leurs maisons les habitants; on faisait de toutes parts du bouillon aux blessés; la paille arrivait; les chirurgiens étaient plus à leur aise pour opérer et panser, quand tout à coup la garde à pied de Sa Majesté fondit-sur Ja ville avec permission de l'occuper militairement. Dès lors les pauvres blessés retombèrent dans leur profonde misère ; le pot où se faisait leur bouillon et le bouillon lui-même furent enlevés ; on s’empara des foyers ; on prit Ja paille; on encombra les maisons; on occupa de force, en leur absence, les logements des chirurgiens qui, revenant de panser les blessés, ne trouvèrent plus de place, et quelques-uns plus d'effets ; les chevaux furent chassés des écuries pour y placer ceux des généraux et officiers de la garde ; on se querella; on se gourma, et chacun eut à se plaindre de son gîte et de sa destinée. Pour moi, étant allé voir des blessés dans la maison du pasteur, jy trouvai une chambre encore inconnue et vacante. Le pasteur se Pétait réservée : il en avait besoin pour s’y retirer avec quatre femmes qui avaient l’air d’être ses sœurs ; mais, à la vue de la garde enfonçant les portes, cassant tout et faisant un tapage diabolique, ces cinq infortunés se sauvèrent et me voilà maître du poste, sauf à m’y maintenir malgré les attaques et les projets d’usurpation. Je m’y suis bien arrangé avec mes qualre compagnons ; nous y avons réuni des ustensiles pour la cuisine, une hache pour faire du bois et des vivres pour nous y maintenir pendant plusieurs jours. Vingt-cinq gardes à pied sont logés près de nous, et le bas de la maison est occupé par soixante blessés, parmi lesquels il en est un dont la jambe droite gangrenée exhale une puanteur cadavéreuse insupportable ; je vais la lui faire couper, seul moyen de sauver la vie à « ce malheureux, qui invoque à cor et à cri cette triste ressource.

Je viens de faire enlever par douze prisonniers prussiens »

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