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L'ÉGLISE D'EYLAU ANS

ayant à leur tête un sergent vingt-cinq cadavres russes et . français, qui étaient dans la maison ou à l'entour, et retirer de toutes parts plus de quatre voitures d’ordures qui la rendaient infecte. Il à fallu, dès la pointe du jour, faire partir deux chirurgiens pour le château de Plirchten, où il y a trois cents blessés qui. n’ont pas encore été SeCOUrUS ; je leur ai donné du linge, de la charpie, du pain, des chandelles et du fil. Dans la matinée, j’en ai envoyé deux autres au château de Mernitz, où il y en a autant qui sont dans le même cas; ils sont partis avec les mêmes moyens de secours. Partout il y a des blessés. Trois cents Russes - sont rassemblés dans l’église de la ville, à côté de notre logement. Ce matin, on a retiré vingt cadavres de ce lieu infect, où ces misérables sont serrés comme des barengs dans une tonne et où ceux qui ne sont pas blessés font un - feu terrible, dont la fumée épaisse étouffe tout Français qui essaye de pénétrer dans ce repaire. Il a été Jusqu'à présent impossible à nos chirurgiens de porter le moindre secours à ces gens-là, tant ils sont pressés et entassés, et tant la fumée de leurs feux rend obscure la pauvre église : ils “brülent bancs, cloisons, orgues, autel, tout enfin, et jusqu'aux tombeaux des cimetières, qui, dans ce pays-ci, sont en bois et représentent une grande caisse, ou plutôt un encaissement de terre, comme si l’on devait y planter des fleurs ou y faire une couche. Pour retirer un cadavre de celte église, il faut faire rouler à terre un vivant qui sest placé et étendu sur le mort afin d’avoir moins froid. On ne peut imaginer jusqu'où ces soldats portent la dureté et l’insouciance, non qu’ils soient stupides et brutes comme on le prétend ; j’en connais peu qui soient plus malins, plus rusés, plus effrontés, plus familiers; mais, tout occupés de se sauver, ils font tout pour y réussir et ne songent point aux autres. On vient de leur distribuer du pain; j’en emploie quelques-uns pour les travaux Srossiers des maisons où nous avons des blessés ; j’ai fait

adoucir la consigne du factionnaire qui les garde; ils vont

à l’eau, cherchent leur pâture dans les bivouacs aban-.

donnés, déshabillent leurs morts pour se couvrir de leurs dépouilles, font du bois et s’accommodent des aliments les plus grossiers ; je ne sais s’ils assistent ceux de leurs camarades qui ne peuvent sortir.

On enterre en ce moment dans la même fosse vinatsept officiers du ..….. régiment de ligne. Les paysans sont.

commandés pour ouvrir dans la nuit suivante vingt fosses pouvant contenir chacune soixante corps au moins; il en faudra au moins autant encore pour nettoyer Île champ de bataille et la ville. Quant aux chevaux morts, presque aussi nombreux que les hommes, j'ignore com-

ment on s’en débarrassera : les chiens, les loups et les.

corbeaux, qui ne touchent point aux cadavres humains, les détruiront en partie.

11.— Le dégel va toujours croissant ; il fait une boue, affreuse dans la ville, et malheureusement les souliers et les bottes de l’armée sont en très mauvais état. IL à fait.

cette nuit un vent des plus impétueux : je crois que le pays y est sujet, à cause du voisinage de la mer, et que c’est pour en tempérer Peffet que les villes et villages

sont plantés d'arbres touffus comme le tilleul.

J'ai mal dormi. Hier soir, nous fümes occupés et

excessivement fatigués; tous nos chirurgiens étaient bharassés. Le 1” corps d'armée passa par la ville; j’eus” beaucoup de visites et aucun secours; les chirurgiens de”

ce corps furent obligés de le suivre.

On nous a donné deux cents soldats pour faire le service d’infirmiers ; je les ai répartis dans les différentes maisons

où sont les blessés et mis aux ordres des chirurgiens; mais, s’il s’en trouve quelques bons dans ce nombre, il y en aura beaucoup plus qui ne voudront rien faire et quis dévoreront peut-être le peu de subsistance que nous pou=

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