MISÈRE DE L'ARMÉE ET DES BLESSÉS
par le pus et par les excréments; à peine nos chirurgiens peuvent-ils résister à cette puanteur, et cependant il faut bien qu’ils pansent ces infortunés.
Nous sommes logés avec trois des chirurgiens que j'ai envoyés Le 22 à Lôbau; notre hôte est un juif de bonne mine, ayant hait enfants et fort brave homme. Boyer, le
chirurgien-major, est malade; sa fièvre est continue ; j’es-
père que ce ne sera rien. Je coucherai sur un bois de dit et sur un plumon, dussé-je y être assailli par certains animaux {rès communs dans la Judée,
Il à fait aujourd’hui une bise piquante; il tombe ce soir de la neige fondue ; il gèlera cette nuit.
25. — Je ne m'étais pas trompé : plus d’un parasite a visité cette nuit mon pauvre individu et s’est nourri à ses dépens. J'ai pourtant dormi quatre ou cinq heures d’un bon sommeil et ma toux ne m’a pas fort tourmenté, C’est une triste ville que cette ville-ci. Le chemin de Strasburg où nous allons est détestable : on compte six ou sept milles, Nous sommes arrivés à Neumarkt, bourgade à moitié chemin, à neuf heures et demie; nous avons continué notre roule pour ne pas nous laisser dépasser par des convois, des parcs et une longue colonne d’équipages, qui sont derrière nous; en avant nous avons eu plusieurs parcs, à côté desquels il nous a été difficile de passer pour en gagner la tête. Vers les deux heures, nous croyant encore à trois lieues de Strasburg, nous nous sommes arrêtés dans un village désert pour faire manger une poignée de foin et boire nos chevaux. Un parc étant sur le point de nous devancer, nous nous sommes aussitôt remis en marche et avons vu Strasburg devant nous. Au bout d’une heure nous
- sommes arrivés dans celle ville, assez grande et qui, dans
une autre saison et un autre temps, doit être assez belle. Nous sommes bien logés ; il neige, il fait une boue horrible. On a établi une espèce d'hôpital dans le-pauvre couvent
des très pauvres capucins. Nous voilà rentrés dans le domaine de Jésus; nous avons élé assez longtemps dans celui de Calvin et de Luther. Dans cet hôpital, à peine pourvu de paille, on ne recoit que soixante blessés à la lois, et ce sont les plus refroidis, les plus souffrants, qu'on y réchauffe et soulage un peu jusqu’au lendemain; la plupart des autres sont déposés chez les bourgeois, à qui on distribue quelques vivres pour les nourrir; le lendemain, on les recharge sur les voitures et caissons. Il n°y a aucunes ressources à Strasburg, parce qu'on les y a épuisées : nous avons été logés chez les meilleurs habitants qui nous ont bien donné du thé et du sucre et qui demain nous donneront du café au lait, mais à qui il serait impossible de nôus fournir du pain. Nous aurons chacun un lit. C’est l'usage du pays de préparer les lits en dehors de la chambré et de les y apporter tout couverts, comme on apporte un fauteuil : j'ai bien arrangé le mien J'entends de ma chatabre la pluie qui tombe à force : les routes vont se dégrader et nos blessés n’en seront que plus malheureux, quoique un temps doux leur convienne assez.
Nous lrouvons de gite en gîte des chirurgiens qui nous sont fort utiles pour nos logements et positions; ils sont là pour secourir les blessés passants, renouveler les appareils les plus pressants, veiller à ce qu’il soit distribué des vivres, ele. ; mais le linge et la charpie leur manquent : il est impossible d’en trouver dans les villes désolées, et il ut attendre qu'il passe de nos caissons portant quelques resles de ces objets; ceux du 7° corps en pourront donner, chemin faisant.
26. — il a plu toute la nuit : je Lai assez bien passée, malgré l’imporlunité des hôtes qui, sans ma permission, se sont impalronisés dans mon gilet et ma chemise; ils m'ont vexé, mais je leur ai bien rendu, car je les ai terri- nu blement troublés dans leurs course et repas et me suis