‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 132 sur 293 · HOPITAL DE MARIENWERDER · texte numérisé non relu

HOPITAL DE MARIENWERDER

les minisires luthériens et rabbins juifs ont déclaré que le mal diminuait et le nombre des malades aussi. Les chirurgiens allemands ont horriblement abusé de la saignée. En général, la maladie à été méconnue et mal traitée : notre chirurgien-major Boyer l’a eue à Lübau même; l’émétique d’abord, les boissons incisives et légèrement diaphorétiques, les loochs avec Poxymel et oxyde rouge d’antimoine, et surtout de larges vésicatoires sur les points de côlé ont terminé presque toujours heureusement la maladie entre les mains des Français. Le bailliage de Gotleibe est frappé de la même épidémie, car il y à réellementépidémie, mais sans nulle contagion. Le physicien de Marienwerder s’est transporté sur les lieux eta donné aux habilants de simples conseils de propreté.

9, 6, 7 et 8. — Tous ces jours ont été beaux. Le soleil a avancé un peu la végétalion; cependant il n°y a point encore d'arbres en feuilles; ils sont à peine couverts de

. boutons sans une seule fleur. Mais la campagne verdoie à

force et les prés commencent à se lapisser d’une belle herbe, que nous attendons impatiemment, car le fourrage devient de plus en plus rare; on se procure encore un peu d'avoine; quant au foin, il est à peu près épuisé.

Je suis parti, aujourd’hui 8, pour Marienwerder, après avoir serré fous mes effets el reçu la visite de M. Boyer ; après avoir aussi expédié à M. le maréchal Duroc et à M. le conseiller d'Etat Maret une copie de ma lettre à Sa

. Majesté et de mon projet. Nous sommes montés dans une - espèce de vügelé couvert, à deux heures, M. Le Vert et

- moi : la route est superbe; on traverse de belles forêts,

- moilié chênes et hêtres et moilié sapins, On compte six

lieues ; mais nous n'avons mis que trois petites heures pour arriver à Marienwerder. Cette ville est élégamment bâtie et fort vivante. C’est aujourd’hui l’Ascension ; chacun

. est habillé et se promène; Prussiens et Français, tout se

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mêle et s’entend pour se divertir. Les femmes fourmillent et sont jolies et parfaitement mises; jamais, dans une si petite ville, je n’en avais tant rencontré; elles sont gentilles et bien parées. La ville fut jadis fortifiée : on y voit les restes d’un immense château-fort situé du côté de la Vistule et bâti en briques; il en reste une tour carrée extrêmement élevée, à laquelle on va par un édifice soutenu par quatre cintres ou arcades à perte de vue; cet ouvrage est digne des Romains; il a plus de cinq siècles et semble bâti depuis un an seulement; les galériens de terre sont enfermés dans cette espèce de galerie. L’hôpital est établi dans une magnifique maison dite de la Régence, à gauche en entrant dans la ville; il contient deux cent cinquante malades, tous couchés dans des bois de lit, sur paillasses, avec des draps et des couvertures neuves. Ce service est bon. M. Desgenettes l'avait visité avant moiet tout en arrivant. Je n'ai pas vu ce collègue, qui a pris un chemin bien long pour se rendre à Thorn, où M. Coste attend avec tant d’impatience son arrivée.

Nous avons passé une agréable soirée, avons bien soupé et trouvé un assez bon lit.

9. — Bon sommeil, bonne nuit. Le lemps est froid. Nous sommes partis pour Mewe, à six pelites lieues, à cause du pont de la Vistule qu’il faut aller chercher assez » loin et qui force à faire des détours. Ce fleuve est superbe; le pont est magnifique; il est très long et en deux parties; je n’en vis jamais un aussi propre; on le balaye à chaque instant. Le commandant des pontonniers est notre capitaine de Rastadt. En sortant du deuxième pont, qui est le plus long, on prend à gauche ; nous avons vu, sur le bord de la Vistule, des tonneaux de biscuits en grande quanlité; il y en a dans les châteaux voisins de quoi nourrir Ftrass pendant deux mois. J'ai vu des saules ou peu- à pliers qui avaient vingt-quatre ou {rente pieds de tour. Du

HOPITAI MISÉRABLE A STARGARD 231

côté de Marienwerder on fait des retranchements et une lête de pont qui seront extrêmement forts : en cas d’événements, l’armée pourrait passer la Vistule sans être troublée.

Nous sommes arrivés à Mewe à midi moins un quart. La ville présente de loin un assez bel aspect : elle est sur une hauteur ou côte qui la fait apercevoir à plus de trois lieues. De près, c’est une bourgade très ordinaire; on y voit un ancien château-fort appartenant aux Templiers ; les fortifications en sont en partie détruites; le château proprement dit est debout et parfaitement conservé ; il est bâti en briques et a quatre étages. C’est un entrepôt pour le commerce des blés de Pologne par la Vistule, qui conduit à Dantzig cette riche et abondante production. On a bâti dans l’enceinte de cette antique forteresse une munilionnaire avec douze fours. L'hôpital est situé dans Ja même enceinte; c’élait aussi un grand magasin; les salles sont vasles et très longues, mais basses et obscures; il y a des bois de lit et des fournitures. Ce service est un des moins mauvais de la ligne : j'y ai vu une jolie petite pharmacie; le pain est bon et en tout cela peut aller ainsi.

Nous sommes partis à deux heures pour Stargard, éloigné de six bonnes lieues. Toujours du sable, mais assez beau chemin. Après avoir fait trois lieues, nous avons trouvé le bourg de Pelplin, fameux dans le pays par sa belle abbaye de bernardins. J’y suis descendu et ai trouvé la cour remplie des voitures d’ambulance des Saxons : l’armée de ces confédérés a son hôpital en cette abbaye ; jen ai vu 'Ober-Chirurgus, qui m’a dit n’avoir que quatre- -wingt-dix-neuf malades; il m’a paru qu’on pourrait, au besoin, réunir dans le cloître et le dortoir plus de deux è cents blessés, si le siège de Dantzig venait à nous encom- - brer. L'église de cette abbaye est immense, quoique bâtie . en briques.

Nous sommes arrivés à sept heures à Stargard, petite

ville consistant en une vaste place carrée avec d'assez jolies maisons tout autour, dans lesquelles on monte par sept ou huit marches ou degrés en blocs de granit ou de grès; on les a exhaussées à cause des inondations, à ce que je crois. L'hôpital est établi dans un très beau corps de caserne parallèle à un autre corps aussi beau, où Îles Badois ont le leur. Ces hôpitaux sont composés de petites chambres, parce qu’on n’a pas abattu les cloisons, ce qui serait peut-être difficile à cause du peu de solidité de Pédifice, qui est en bois ct en tuiles. I n’y a dans ces malheureux hôpitaux, surtout dans le nôtre, ni fournitures, ni draps, ni couvertures; on a obtenu quelques bois de lit qui ont été construits avec des planches sciées le même jour d’un arbre coupé le matin dans la forêt et assemblées le même soir en forme de lit; on a eu cinq cents paillasses assez bonnes, sur lesquelles les malades couchent à terre ou dans leur grabat; ils y sont tout habillés ou nus ; les blessés sont dans ce cas et le froid les tourmente beaucoup. Le pain qu’on leur donne est très mauvais : cidevant on leur distribuait des pelits pains blancs, que le commissaire David a, dit-on, fait supprimer. Point d’ustensiles pour boire, pour uriner; malpropreté alfreuse ; mauvais service. L’économe est malade : avant Jui, on avait encore des infirmiers tirés de la classe du peuple prussien et polonais ; il les a chassés et n’a pu en trouver . d’autres. Il reste à la tête de ect hôpital un simple commis. Le médecin Delavallée est très malade; le docteur Meyer, des Badois, Pest aussi; deux de nos jeunes chirurgiens le sont de même, et tous ont la fièvre nosocomiale, ce qui fait Jlanquir bien davantage encore le service. J'ai vu des. vénériens au nombre de quarante occupant les meilleures places; j’ai ordonné qu’on les renvoyât.

Nous partons pour les environs de Praust, où dans un château voisin nous avons un hôpital.

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