TRANCHÉES DEVANT DANTZIG
place, la jambe et la cuisse cruellement allongées déter- . minent bientôt une fièvre ar dente, souvent des convulsions
- etle télanos, et toujours d’ Ass insomnies : c’est ici
que le mieux est ennemi du bien.
Je reviens encore à la beauté des environs de Dantzig Tout y est enchanteur; la plaine d’Oliva est délicieuse ; du haut des mamelons qui dominent ce charmant pays, on découvre des aspects magnifiques. Notre armée est baraquée au penchant de ces coteaux; les maisons de Lang-
- fuhr, ces belles campagnes, sont abandonnées et démeu- . blées; on a tout fait entrer à Dantzig.
11. — Il a plu hier; il pleut aujourd’hui; la végétation va grand train. On n’a pas liré beaucoup celte nuit. Je suis allé à la tranchée avec M. Ramonet, chirurgien-
- major du 19° d'infanterie de ligne. C’est inconcevable - comme les environs sont labourés par les boulets. On voit
des malheureuses femmes avec leurs enfants chercher ces dangereux projectiles, ainsi que des biscaïens, pour gagner quelques gros qu’on leur donne pour chacun; c’est cinq
. sous par boulet et un sou par biscaïen; nos soldats
s’exposent bien davantage encore pour gagner ces malheureux cinq sous; ils sont continuellement occupés à fouiller avec une bêche ou un hoyau les endroits où il est tombé un boulet, et tous ceux qui tombent à côté d’eux ne les empêchent pas de continuer. Nous avons vu huit ou dix
m soldats qui dépecaient un cheval mort pour en manger la “viande; il avait sûrement été tué. Nous sommes allés … dans la seconde parallèle : il était onze heures, et à cette heure l'ennemi tire peu ; il réserve son feu pour la nuit et
ï … pour les moments où il sait qu’on relève les gens de la
. tranchée. J'ai vu nos batteries et pu, non pas à mon aise, * crainte de me faire tirer dessus, examiner les forts, a “ieries et travaux de l'ennemi. Il eût été imprudent à moi
. d'aller jusqu’à la troisième parallèle, qui est presque au
pied du fort de... ; c’est là qu'on voit de gros rouleaux prêts à être lancés contre nos gens, s’ils venaient à monter à lPassaut. Du côté de nos travaux, ce fort présente un talus très rapide, parsemé d'innombrables boulets lancés par nous; il est tout de terre, sans une seule brique ni pierre.
Hier, à deux heures, l’assaut devait avoir lieu; les grenadiers élaient déjà arrivés, mais il y a eu contre-ordre. On ne peut lenter Passaut que de jour, parce qu’au delà de la sape tout est hérissé de chausse-trapes et de piquets à peine hors de lerre, ayant une pointe de fer très acérée, ce qui, pendant la nuit, estropierait tous les assaillants. Nous eussions perdu beaucoup de monde, si Passaut avait été tenté; le fort aurait été pris, mais on n’eûl pas pu s’y maintenir. Quel spectacle que celui d’une place assiégée et d’une armée assiégeante! Les tranchées sont teintes de sang; il y règne un silence lugubre; chacun semble y attendre la mort. On se tient contre les épaulements, sans oser montrer la lête, parce que l'ennemi, qui observe lout, braque aussitôt contre vous un fusil de rempart et vous tue. C’est ce qui est arrivé avant-hier à un officier de sapeurs, à qui la balle a brisé les os du crâne, étant entrée entre les sinus frontaux et sortie par l'occipital. Le soldat
se lient coi, rarement debout; il se couche dans des ni- «
ches pratiquées dans la terre qui sert de parois au boyau ; il cherche à se mettre à couvert de la pluie et des boulets et balles de Pennemi, mais les obus et les éclats de bombes viennent le trouver partout. Il n’y a pas de jour qu'il n’en périsse ou qu’il n’y en ait de blessés : une compagnie se croit très heureuse Iorsque, dans les vingt-quatre heures qu’elle passe à son tour à la tranchée, elle ne perd que deux ou {rois hommes; aussi les régiments s’affaiblis-
sent-ils d’une manière effrayante ; c’est une vie dont il est.
impossible de se faire une idée. Le fort qui présente son talus à nos gens et au haut duquel on voit tant de rou-