SERVICE DE LA TRANCHÉE
leaux s’appelle le Hagelsberg ; l'ennemi y à quatre ou six machines semblables à un pavillon carré : elles sont construiles en madriers épais et bien liés, ont des créneaux ct peuvent contenir cinquante hommes, qui y arrivent pardessous terre, car la machine n’a pas de porte ; cela s'appelle des blockhausen. De l'intérieur de ces forts on peut canarder nos gens montant à l'assaut par les côtés, à droite et à gauche, ce qui est excessivement dangereux. Le fort du milieu se nomme le Stolberg, et l'autre se nomme le Bischofsberg. Ceux-ci n’ont encore été allaqués que très faiblement, car ils sont couverts d’un beau gazon vert, tandis que le Hagelsberg est tout délabré. L’ennemi lance lorce pots à feu sur nos tirailleurs, jette des obus, roule des bombes et lance des cailloux qui font beaucoup de mal : c’est ce que nos gens appellent des perdreaux. Il est dans nos parallèles plusieurs endroits très dangereux, parce qu ils peuvent être enfilés par les balles et boulets : nous les avons traversés rapidement. Nos sapeurs ont brülé les palissades de l'ennemi et ils travaillent au milieu d'un feu qui quelquefois est terrible; les pauvres gens, en mangeant la soupe, ont toujours l'œil aux aquels pour éviter les bombes et autres projectiles qu’on ne cesse de leur jeter; ils sont relevés toutes les vingt-quatre heures, ainsi que les officiers de l'artillerie et du génie, adjudants généraux ct généraux. Les chirurgiens de tranchée, au nombre de trois, se relevant toutes les vingt-quatre heures aussi, se tiennent dans une assez mauvaise baraque, où est - le major badoïs qui commande en permanence la tranchée. + On leur en avait construit une exprès pour eux; mais, - à peine terminée, le génie l’a reprise pour serrer les outils des sapeurs et a dit n’avoir ni le temps ni des ou- - vricrs pour en bâtir une autre, de sorte que des trois chi- : rurgiens de {ranchée un seul reste avec le major ; les deux - autres sont dans une maison à une portée de canon en - arrière; c’est ici qu'on transporte les blessés.
Après diner, je suis monté à cheval pour aller voir le maréchal Lefebure à une demi-lieue de Langfurh : il était parti pour reconnaitre le terrain sur lequel doivent débarquer quelques milliers de Russes envoyés au secours de Dantzig ; je n’ai pu saluer que le général Drouet. En revenant, nous avons vu la mer Baltique, près le fort Wasser, couverte de bâtiments plus ou moins considérables et pouvant porter l’un dans l’autre cent ou cent cinquante hommes, ce qui a fait estimer que le renfort devait être d'environ dix mille hommes. L'empereur de Russie ne savait pas encore, lorsqu'il a fait embarquer ce monde-là à Memel, que la communicalion était interceptée entre Dantzig et le fort Wasser, qui en est éloigné de trois quarts d'heure. Le 9, à deux heures du matin, les Français se sont emparés des redoutes et des sept cents hommes qui établissaient et protégeaient cette communication, au delà de la Vistule, qu'ils ont passée sur des barques sans qu’on s’en fût aperçu ; ils ont tué quelques centaines de Russes et en ont blessé cent vingt-cinq, que j'ai vus au château de Tiedmann. Aujourd hui donc la garnison de Dantzig ne peut plus donner la main aux troupes de débarquement et le coup est manqué : que vont devenir ces dix mille hommes ?
À cinq heures, on a fait marcher une partie du 19° corps. Nous avons été curieux d'aller jusque sur le bord de la Vistule pour voir l'endroit où elle a été passée le 9 et pour voir passer la troupe qu’on a mise en mouvement; mais l'ennemi s’est mis à tirer à toute volée sur un bataillon et le 23° chasseurs à cheval, avec lesquels nous nous trouvions, et, les boulets tombant près de nous, il a fallu d’abord se retrancher derrière un tas de planches et ensuite derrière une maison, puis battre en retraite et rentrer chez « nous. Personne n’a été blessé, parce que les boulets ne ricochent pas dans ce terrain mol et palustre. $
On s'attend à une affaire et chacun a ordre de se tenir «