‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 136 sur 293 · ARTILLEURS ET SAPEURS · texte numérisé non relu

ARTILLEURS ET SAPEURS

prêt. Tous nos chirurgiens coucheront habillés et chevaux sellés. On verra cette nuit ou demain de bonne heure.

12. — Rien de nouveau. L’ennemi débarque au fort Wasser, sur le bord de la Vistule, d’où il lui est facile de nous écarter; on ne cherche pas même à l’inquiéter. Ce fort est maintenant isolé: il contient douze cents soldats de mince aloi et il ne peut nous faire aucun mal. Le commandant, M. de Croko (1), triste personnage, homme intempérant, a été pris dans la nuit du 9; il était ivre ; nos gens ont dédaigné de le tuer, mais ils Pont battu à coups de hampes de lance. Cet officier prussien a infesté longtemps avec des partisans le pays voisin de Kustrin. On a compté ce malin jusqu'à soixante voiles ; on croit qu il a été débarqué plus de sept mille hommes et on s’attend à une grande affaire demain, le matin ou dans la nuit. La troupe est bivouaquée dans la plaine d’Oliva, le long des bois qui l’entrecoupent. J'ai diné avec et chez le général Savary dans celte abbaye plus fameuse qu’elle n’est belle : elle est de l’ordre de Citeaux : j'en suis revenu à pied. En y allant j'ai visité le colonel du 44° d'infanterie, qui a été blessé avant-hier : la balle est entrée par la région scapulaire, a fracturé, à ce que m'a dit le chirurgien, l’extrémité vertébrale de la quatrième côte et s’est perdue sous la clavicule, sans endommager ni cet os, ni l'articulation. J'ai vu lever le premier appareil : le haut du bras, ou plutôt l’espace entre l'article et le col, était très tuméfñié et fort ecchymosé; j'y ai trouvé de l’œdème, d’où j'infère que c’est là qu'est la balle avec quelques fragments osseux ou morceaux d’habits, etc. Jai conseillé à M. Florence, chirurgien-major, d'y plonger dans deux Jours un bistouri

- pour vider celte collection de sang et de corps étrangers.

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J'aurais bien fait de conseiller cette opération pour au-

. Jourd’hui même.

(4) L’officier que Percy nomme Croko est le fameux partisan baron de Kakow.

On tire à force et le bruit du canon ne me laissera pas dormir.

J’ai assisté à Pamputation d’une euisse faite à un sapeur par le chirurgien-major qui, n'ayant pas de rétracteur, Pa mal faite, c’est-à-dire l’a pratiquée comme tout le monde, d'une manière dégoûlante et embarrassée.

Ces pauvres sapeurs souffrent beaucoup : un d'eux a eu l’'apophyse coronoïde fracturée par un éclat d’obus; un autre, la cuisse fracturée; il en a été tué cinq aujourd’hui; nous perdons beaucoup de monde. [’artillerie se plaint du génie et celui-ci se plaint de Partillerie, qui cependant, au dire de chacun, a réussi à faire taire le feu de Pennemi les 7,8 ct 9, et qui voulait qu'on montât à Passaut, contre l'avis du génie, dont on dit que les travaux sont lents. Demain nous aurons du nouveau. La nuit est belle, mais un peu fraiche.

13. — Le tapage de l'artillerie nr'a troublé celte nuit; nos pièces de 2% font un bruit épouvantable et la riposte de celles de l’ennemi ne fait pas moins de fracas. On craiquait une allaque et M. le maréchal a bivouaqué. Il me disait ce matin qu'il avait élé toute la nuit dans des angoisses cruelles, non pour le sort de ses lroupes, qu’il avait répandues dans la plaine, en cas d’une sortie des Russes et Prussiens débarqués hier, mais pour celui des lravaux du siège, que l’ennemi, sortant de Dantzig, aurait pu détruire, faute d'assez de monde pour les garder. Heureuscmeut que le maréchal Lannes et le général Oudinot sont arrivés à marches forcées avec sept ou huit mille grenadiers et voltigeurs d'élite : on n’a plus rien à redouter maintenant de la part des forts Wasser et Weichselmunde.. On a beaucoup tiré aujourd’hui. La journée a élé superbe.“ Nousavons perdu quinzeou vingt hommes : un aide decamp… du général Bertrand, que j'avais vu arriver hier chez lew général de génie Rae a été tué à quatre heures d’une

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