BLESSURES SINGULIÈRES
à balle qui est entrée dans le crâne par la suture lambdoïde
du côté gauche; il a expiré au bout d’un quart d'heure. … J'ai vu à l’hôpital ambulant du génie, dirigé par le chi- - rurgien-major Canin, un sapeur qui à reçu un coup - de feu au genou gauche, balle perdue ; il en est au cinquième jour; la jambe est tuméfice: la cuisse l’est davan- . age et à sa partie interne, du côté de l'entrée de la balle, - on voit cetle rougeur violacée qui présage toujours une . gangrène imminente. Ce coup de feu est le plus embarras- … Sant pour nous. Comment déterminer un blessé à se laisser . couper la cuisse pour une blessure en apparence si légère? * Aucun n’y consent, voyant le genou dans son intégrité et - la jambe saine; le chirurgien lui-même hésite. Cependant, » je l'ai dit souvent, sur cent blessés de cette espèce, il en - meurt quatre-vingt-quinze sans le secours de Pamputation, -à moins que la balle n’ait traversé les deux condyles, par- «lies spongieuses qu'elle pénètre sans éclats et sans inté- -resser l’article. Lorsqu'on ne peut ou qu'on ne croit pouvoir décider le blessé à l’amputation, il faut inciser «profondément, couper en tous sens les ligaments, la cap- “sule, (out l'appareil articulaire : de cette manière on peut obtenir quelques chances heureuses de plus, sauf l'ankylose inévitable en pareil cas. J'ai vu plusieurs fois la jambe se séparer de la cuisse par suite d’une gangrène qui “en avait détruit tous les liens.
… MA. les chirurgiens-majors Fizelbrand et Dupont ont vu, ces jours passés, un Russe qui avait recu à travers le “bas-ventre un coup de baïonnette; il sortait par l’une et l'autre plaie une longueur considérable d'épiploon qu'ils ont réduite. Mais voici le singulier de cette blessure : c’est que dans la culotte de ce malheureux était un paquet gros comme le poing d'un ténia qui, développé (il était séparé en deux pièces), avait plus de dix aunes de long. Ce blessé a été évacué sur Dirschau, d’où il me sera difficile d’en avoir des nouvelles; il y sera sans doute mort.
Le chirurgien-major Dupont nous a raconté avoir vu un canonnier, qui venait d’être tué par un gros boulet qui lui avait traversé la poitrine de gauche à droite et dans le trajet duquel se trouvait enfoncé l’avant-bras gauche, de manière que les doigts sortaient en partie par lénorme ouverture du côté droit. Comment cet avant-bras avait-il été entraîné dans cette effroyable plaie? On ne comprend rien à cela.
L’ennemi a jeté sur nos gens des bouteilles cassées, des vieilles ferrailles, et il a assassiné un blessé qui s’échappait à quatre pattes de la tranchée. M. le maréchal s’en est plaint à M. Kalkreuth. Le célèbre ingénieur français Boussemard, émigré resté au service de Prusse, où il était major, et ayant dirigé les superbes travaux à Dantzig, à été tué, il y a quelques jours, d’un coup de fusil à la tête : c’est une grande perte pour les Prussiens. La garnison et les habitants de Dantzig sont consternés, au rapport des déserteurs de cette nuit, de voir que les Russes et Prussiens, qui ont débarqué hier, ne peuvent les secourir, la communication élant interceptée entre la ville et la mer.
14. — Rien de nouveau. On n’a pas tiré beaucoup aujourd’hui. Les déserteurs s'accordent à dire qu'il y a un grand nombre de malades et de biessés dans la place el" que la plupart des forts sont minés. Celui de Stackelberg l’est bien sûrement, puisque l’autre jour un de nos sapeurs a pris dans un puits même sept mineurs prussiens ques M. Kalkreuth aurait bien voulu qu’on lui rendit en échange de qui M. le maréchal eût désiré. Nos blessés sont bien traités par ce brave gouverneur : il est, à ce qu'il paraît, très généreux et lrès humain; lorsqu'il apprend que nous lui avons fait des prisonniers, sur-le-champ il leur fait passer de l'argent; dernièrement il a envoyé deux, cents louis aux onze officiers prussiens qui avaient été