‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 138 sur 293 · TRAITEMENT DES PLAIES ARTICULAIRES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES PLAIES ARTICULAIRES

pris et conservés vivants dans l'expédition de nuit qui a mis l'ile en notre pouvoir.

Le temps est froid ; nos troupes souffrent ; il y à cependant peu de malades parmi elles. k

15. — J'ai le bonheur de bien me porter : l'air est si pur, le paysage si beau et les distractions si puissantes que Je me soutiens à merveille. Ce matin l’ennemi, fort de huit mille hommes, est sorti des forts de Weichselmünde et

Wasser el à attaqué nos gens placés vis-à-vis ces forts,

dans la forêt qui borde la mer; la canonnade et la fusillade ont été vives de part et d'autre; nous avons envoyé des voitures, brancards et chirurgiens sur le bord de la Vistule, afin d’abréger de moitié le chemin qu'avaient à faire les soldats pour rapporter les blessés jusqu à l’ambulance: tous ont été pansés sur le champ de bataille par les chirurgiens du 2° bataillon du 2° régiment d'infanterie légère et des premiers bataillons de la légion du Nord; mais il y a eu des opérations majeures à faire à l'ambulance stationnée dans une maison sur la rive gauche du fleuve, où était une décurie de chirurgie de bataille. 1 paraît que l'intention de Pennemi était de reprendre Pile qu’il a perdue, ily a quelques jours, et d'entrer à Dantzig ; il a été battu complèlement ; on ne lui a fait que douze prisonniers; le reste a Clé tué. Le général Oudinot m'a dit qu’il en avait été tué plus de quinze cents. Ce brave général a eu son cheval (il l'avait acheté hier trente louis) tué sous lui d’un coup de boulet; il boite un peu, parce que l’animal est tombé de

{out son poids sur sa jambe gauche.

Jai visité tous les hôpitaux et les ambulances ; jy ai vu douze fractures compliquées de jambe ou de cuisse, très

bien pansées. Un soldat de la garde de Paris a été atteint

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d’une balle qui entra à côté du mamelon droit et a été extraite sous angle inférieur de l’omoplate du même côté. Dyspnée, impossibilité de se coucher, nécessité de rester

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assis, difficulté de cracher, anxiété des plus douloureuses, facies très alléré : plaie mortelle.

Un aide de camp a reçu un coup de baïonnette à la région du foie; le chirurgien-major qui l’a pansé dit que le viscère a été lésé; cependant bon visage, conjonctive claire, pouls développé, point de hoquet, ni de douleurs vives, ni d’angoisses.

Balle perdue dans un pied, au-dessous de la malléole : cas grave. J'ai conseillé d’inciser en tous sens, de ne respecter ni capsule, ni ligament, et de traiter non pas le pied qui est perdu, c’est-à-dire qui restera pour le moins ankylosé, mais la vie du blessé; car pourquoi prendre tant de soin de l'appareil articulaire? pourquoi épargner les tendons, ligaments, etc., puisque rien de cela ne doit plus servir? Il faut done, sil’on ne croit pas devoir amputer, couper sous œuvre, découper en tous sens, et ouvrir une large voie au doigt investigateur qui va à la découverte de la balle.

Coup de feu avec fracture du rachis, paralysie des membres abdominaux : mort certaine et imminente.

En tout nous avons eu environ deux cents blessés : tous sont couchés sur une bonne paille, dans de bonnes maisons, où l’on a fait du feu, car il pleut et le temps est froid. La plupart de ces braves gens sont mouillés, ou par la pluie ou pour avoir passé dans les ravines et être tombés dans les trous de loup dont les environs des forts sont parsemés.

J'ai ordonné qu'il y eùt six brancards à chaque grand’garde; on les numérotera pour savoir ceux que Pon y aura laissés. Nous avons partoul de quoi donner les premiers secours; mais nulle part il n’y à un infirmier et nous sommes réduits à un seul employé de hasard, qui fait ce qu'il peut. Demain, M. Kalkreuth doit être sommé et,

en cas de refus, après-demain on montera à l'assaut pour "

prendre le Hagelsberg.

AMBULANCE DE RUSOSCHIN 245

16. — On n’a pas fait grand bruit cette nuit. Je suis parti ce matin pour Ohra, superbe faubourg de Dantzig, sur la route de Varsovie : nous avons fait un grand détour pour y arriver, voulant éviter le feu des batteries ; celle qui domine ce faubourg s’appelle le Bischofsberg; elle le bat souvent et Pincommode fort. La maison qu'habite M. Lacretelle, chirurgien-major du 2: régiment d'infanterie légêre, a été percée, il y a Lrois jours, de quatre gros boulets qui, par un bonheur inouï, n’ont rencontré personne ; les maisons à droite sont plus à couvert; aussi est-ce de ce côté que se lient le marché et que chacun passe de préférence. Au reste, les gens du pays Sont, comme nous, habitués au fracas et au danger et n’en vont pas moins leur train, malgré la canonnade la plus vive; je trouve même qu’ils la craignent moins que nous, etje suis toujours étonné quand je vois les femmes et les enfants courir les rues presque au milieu des boulets.

J'ai somplueusement diné chez nos chirurgiens et me suis ensuile promené dans les jardins ruinés, mais encore

agréables, qui environnent ce beau faubourg. L’ambulance

d’Ohra est très bonne : M. le chirurgien-major Dupont m'y a fait voir huit amputations de sa façon, qui vont parfaite-

ment. J’enverrai cent blessés à cette ambulance pour y

être traités à demeure.

Nous sommes venus coucher au château de Rusoschin,

au milieu des malades et blessés, ce qui n’est pas salubre ;

mais cet établissement offre les agréments d’un beau jardin dont les nombreux cerisiers sont tous en fleur, d’une pêche toujours abondante en goujons et autres excellents poissons et de la chasse, qui a produit avant-hier un bon

- lièvre et un roi de cailles.

Mon jeune compagnon est parli pour Riesembourg,

… d'où il me rapportera mes lettres et papiers.

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