‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 142 sur 293 · CAPITULATION DE DANTZIG · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE DANTZIG

22. — Le plus beau temps du monde, quoiqu'il fasse du vent. Le jardin attenant à mon logement est délicieux. Cette propriété appartient à M. Fromm, agent du roi de Danemark : nous la lui avons bien conservée. Je me promène avec délices dans le jardin et ne puis me rassasier des beautés de ce pays. Je ne vis jamais rien de plus frais, de plus pittoresque, de plus attachant : la mer Baltique termine lhorizon d’un côté; la plaine d’Oliva entourée de côtes verdoyantes, de forêts charmantes, de petits bois mystérieux, de maisons de campagne magnifiques, de bosquets, de jardins et de vergers la plupart en amphithéâtre et divisés en gradins de verdure; des champs bien cultivés et ensemencés; une belle prairie; la route de Dantzig plantée régulièrement d'arbres bien symétriques ; la vue imposante de cette belle cité; les forts Wasser et Weichselmünde; la Vistule portant à la mer le tribut de ses eaux ; tout cela flaite la vue, étonne, porte au recueillement et fait désirer que le peuple maïtre de ces biens puisse bientôt y rentrer.

Je viens d'écrire à Son Allesse le ministre major général . [a leltre ci-après :

« MOonsEIGNEUR,

« L'avis que vous avez eu la bonté de me donner de ma nomination au grade de commandant de la Légion d’honneur ne m'est parvenu que ce matin devant Dantzig, où le service me reliendra jusqu'à la reddition de cette place, à moins que vous v’en ordonniez autrement.

« J'essaierais vainement, Monseigneur, de vous exprimer - de quelle sensibilité, de quelle reconnaissance me pénètre … la nouvelle preuve que je reçois de l'honorable confiance - de Sa Majesié et de la bienveillance particulière de Votre Allesse. Je regrette plus que jamais que lPâge et la nature aient mis un terme à mes travaux en bornant la durée de mes forces ; mais mon zèle, ma fidélité, ma gratitude, mon

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admiration sont au-dessus de leurs atteintes, et, tant que je respirerai, j'éprouverai avec la même vivacité les sentiments que notre auguste souverain et son digne ministre savent si bien inspirer. »

Je suis allé voir les travaux du siège et les ai parcourus d'un bout à l’autre : l'ennemi ne lire plus depuis hier soir; on en est aux propositions. M. le maréchal Lannes s’est rendu en toute diligence près de Sa Majesté pour l'informer que M. Kalkreuth veut être traité comme il traita les Français à Mayence : on espère que ceite condition sera acceplée ; demain, à dix heures, le maréchal sera de retour. La belle chose que ces travaux ! Nous sommes descendus jusqu'aux palissades, dont seize ontété arrachées dans la précédente nuit par un jeune voltigeur, à qui l’on a payé seize écus de six livres, ainsi qu’on l'avait promis : il y a donc une large brèche et l'on pouvait facilement monter à l'assaut. On s'étonne, quand on voit lout cela, qu'il y ait encore si peu de blessés. Avec quelle industrie chacun s'arrange pour tuer et n’être pas tué! Comme on dispose les gabions, saucissons, sacs à terre! Les tranchées sont jonchées d’éclats d’obus, de bombes, de boulets de pierre, de cailloux, de pots à feu, de grenades; tout est labouré; les palissades sont criblées de balles et de biscaïens. On marche, dans l'intervalle de la troisième parallèle et des palissades de l'ennemi, sur les picrres, balles, éclats, ele.; le terrain en est couvert. J'ai vu les sentinelles et ai élé à deux pas d’elles. Les blockhausen sont des fortificalions en palissades énormes, sur lesquelles repose un toit blindé portant une masse de terre de l'épaisseur de trois ou quatre pieds ; le soldat tire par l'ouverture que laissent les pointes de deux palissades; ces espèces de casemates sont seulement de deux pieds hors de terre. Beaucoup « de Prussiens et de Russes mêlés de dames et de bourgeois : curieux élaient sur les parapets et travaux de l'ennemi.

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