‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 144 sur 293 · ENTRÉE A DANTZIG · texte numérisé non relu

ENTRÉE A DANTZIG

ils y sont bien, jusqu’à ce qu’on ail pu leur préparer un bon hôpital à Dantzig.

Les forts de Weichselmünde et Wasser évacuent leurs hommes et leurs armes et munitions. Il ne reste plus que très peu de vaisseaux en rade. Les Prussiens et les Russes ont eu une grande rixe entre eux dans ces forts ; les derniers ont porté les coups et les autres ont presque tous déserté; c’est une procession conlinuelle de déserteurs, tous beaux homaines et bien habillés, desdits forts au quartier général; on assure qu'avant de partir ils ont encloué les canons afin qu’on ne tirât pas sur eux.

J'ai déjà mon logement à Dantzig.

Il existe à ambulance de la légion du Nord un grenadier polonais qui a reçu un coup de feu au front; la balle a fait ce qu’on appelle une concamération ou envoüture par le moyen de la lame vitrée, qui s’est détachée du diploé et portée au dedans du crâne; le blessé ne se plaint point; il boit et mange bien. Que faire en ce cas ? Un homme raisonnable se laisserait appliquer uue couronne de lrépan; notre grenadier périra peut-être de convulsions au premier jour, comme cela n'arrive que trop souvent le quaranlième.

27. — Temps excessivement chaud. ‘Tous nos gens sont sous les armes : on fait entrer dans Dantzig un bataillon et un escadron de chacun des régiments du 10° corps. Nous avons pris possession dès la pointe du jour des forts Weichselmüude et Wasser, où il n’y a plus que des malades et blessés, encore en très petit nombre. Les Russes se sont embarqués et les Prussiens ont tous déserté : c’est un grand bonheur pour nous.

. À neuf heures, nous sommes entrés en ville. Quel spectacle de désolation ! Les maisons qui forment les premières rues sont abimées par le boulet et inhabitables; les murs . de plusieurs, déjà remarquables par les boulets de tout

calibre qu'on y a incrustés après le siège de 1733, ont été criblés par ceux du siège de 1807 et même quelques-uns s’y sont implantés et y demeurent chatonnés: c’est à l’arsenal que cela se voit le plus. Dans ces quartiers il ne reste

pas un carreau de vitre; tout est brisé. En tout temps ils

présentent un aspect dégoûtant; ce sont de vilains quarüers, mal bâtis, horriblement pavés; aujourd'hui ils sont affreux. Il y à eu trente ou quarante bourgeois qui ont été tués dans leurs maisons ou dans les rues. Plus loin que l'arsenal commence la belle moitié de Dantzig : là sont de belles maisons en dedans, car le dehors n’en est ni élégant, ni de bon goût; elles appartiennent à de riches négociants, qui y ont prodigué l’acajou, les lustres et tous les meubles que fournit l'Angleterre ; on n’en a pas d’autres dans ce pays : étoffes, gravures, garnitures decheminée etc. , tout est anglais; les mœurs des habitants sont anglaises aussi; on y boit du porter et parle la langue de Londres. Nous sommes allés voir le canal, qui est puant, chargé de radeaux et couvert de beaux bateaux marchands.

À midi et demi, Île temps étant très chaud et le soleil

ayant été tout à coup caché par des nuages épais, nous

avons vu Pair obscurci par des mouches très grosses, que

nous avons d'abord prises pour des sauterelles et que nous avons ensuite reconnues pour des demoiselles, J'en ai con-

servé une; foutes se ressemblent : ce sont les demoiselles :

des lacs, marais et étangs, et les plus communes ; seulement elles ont le corps et surtout le ventre velu. Il en à passé des nuées, qui suivaient toutes la même direction, venaut du côté de la mer et allant du nord-est au sud-ouest. Cette émigration singulière a duré un quart d'heure : nous en avons concla qu’il ÿ aurait quelque changement dans Patmosphère et peut-être un gros orage. Les gens du pays nous ont dit qu’en Angleterre, dans le mois d'août, on à quelquefois vu ce passage étonnant d'insectes. Vers les deux heures, le tonnerre s’est fait entendre, la

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