RESSOURCES HOSPITALIÈRES
chaleur a redoublé et la pluie a commencé : vraie pluie d'orage.
J'ai visité quelques maisons où l’on a établi des lazarets prussiens : les malades et blessés, au nombre de dix-huit
cents, d’autres disent trois mille, sont couchés sur des
planches et tréteaux, ayant sous eux une mince paillasse ; ils sont mal. Il reste un assez grand nombre d'officiers de santé prussiens pour les traiter. Demain nous nous occuperons de notre propre service.
Chacun accourt à Dantzig; les ordonnateurs, commissaires, employés, gens à affaires, y arrivent de toutes parts ; on leur lâche des lazzis et brocards, quand on les voit venir. Nos gens ont bien bu et bien mangé aujourd’hui; quelques-uns se sont enivrés et ont voulu faire tapage, mais cela n’a rien été. J'ai réprimé deux officiers du 2° d’infanterie légère, qui, ayant déjà trop bu, exigeaient encore du vin et menacçaient leur hôte de le rouler à coups de sabre. C’est le général Rapp qui est gouverneur de la place et le général Ménard commandant. Tout y est fort cher.
28. — Il a plu cette nuit et il pleut encore : c’est un temps précieux. Dès le matin, les places et rues sont pleines de marchands de beurre, œufs et autres denrées, ce qui est d’un bon présage. Je suis logé dans une des meilleures maisons de Dantzig, n° 433, chez M. Weichbrot, raffineur de sucre; c’est un brave jeune homme, dont l'épouse, les sœurs et les amies sont de bonnes et charmantes personnes. J'ai eu la visite de M. Lichtenberger, chirurgien-major d’un régiment prussien, chargé du service des hôpitaux de cette nation : c’est un vieillard de fort bonne mine, bien tenu et se présentant noblement ; il a plusieurs chirurgiens de bataillon et de compagnie pour le seconder; avec lui était un capitaine d’infanterie chargé du service adininistratif. J'ai couru pour avoir
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des locaux ; je erois que nous prendrons la maison du n° 395. L'hôtel des assises est superbe et peut contenir trois cents malades. La Bourse offre quelques ressources dont on profitera. J’ai vu Parsenal et n’y ai pas trouvé grand’chose, si ce n’est d'énormes chaudières en cuivre dont on peut lirer bon parti; j'ai mis de côté un casque, un brassard, un bouclier et quelques autres articles, qu’on u’apportera demain. L'édifice est vaste et beau pour le temps et le pays : c’est là qu’on ferait un magnifique hôpital ; il y a dans les caves pour un demi-million de vins appartenant à un monsieur qui est à Berlin. La principale église est immense et très imposante, sans rien offrir de mieux. On boit ici du porter et du vin d'Oporto : ce sont deux liqueurs très fortes et que je ne puis guère supporter ; les Anglais trouvent encore trop faible le vin
portugais et ils y mêlent de l’arack. La table, dans ce
pays, est brillante d’argenterie, de beau linge, de pâtisserie tout en commencant; mais on fait mauvaise chère.
29. — Temps frais, pluvieux, orageux. Je ne suis pas sorti. On a mis les scellés sur tous les magasins, aux portes de toutes les grandes caves, elc.; personne ne peut rien acheter ; pour avoir une aune de drap, il faut gagner
un marchand et bien se cacher. Combien on va pressurer.
celte pauvre ville ! On ne s’y occupe pas encore des hôpitaux. J’ai fait arranger pour deux cents malades la maison dite la Bourse; déjà quarante ou cinquante galeux s’y étaient introduits et couchés sur de bonnes fournitures; je les ai fait déguerpir ; c’est pour nos amputés et fracturés du siège, que nous tenons encore à Langfubr. Ce serait bien le cas d’avoir ici un hôpital de cinq cents vénériens, mais cet établissement nuirait aux vues de certaines gens qui ont commission d'exploiter la cité. M. le maré- chal Lefebure a promis une gratification aux chirurgiens ; nous verrons s’il tient parole. Chaque soldat aura dix