‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 146 sur 293 · LETTRE AU GRAND-MARÉCHAL · texte numérisé non relu

LETTRE AU GRAND-MARÉCHAL

francs. Le sous-inspecteur Lacroix n’entenduit pas qu'on les donnât aux hommes absents pour blessure, disant que c'était d'après l'effectif des corps arrêté le lendemain de la fin du siège que les fonds devaient être distribués : le maréchal s’est mis dans une furieuse colère, l’a appelé de tous les noms les plus injurieux et à voulu que, nonobstant Pinstruction spéciale de lintendant général, nos pauvres blessés touchassent leurs dix francs, ce qui, en elfet, est de la plus grande justice. Chaque soldat aura aussi une bouteille de vin.

30. — Il fait très froid et on a besoin de se couvrir comme en hiver; le vent est au nord-ouest. Notre hôpital de la Bourse prend une bonne tournure ; nous y avons une hernie étrânglée, qui a résisté à deux saignées jusqu’à défaillance et aux bains ; il faudra l'opérer demain si dans la nuit, au moyen du taxis, elle ne rentre pas. Le 10° corps est dissous ; le maréchal s’en va à Paris.

Le grand-maréchal Duroc m’ayant répondu que mon projet de chirurgie de bataille pouvait être bon, mais qu’il laissait à regretter qu’il fût partiel et n’embrassät pas tout le service, je lui ai fait la lettre suivante :

& MoxsiEur LE Granp-MarécHaL,

« Les inconvénients que semble présenter mon projet de chirurgie de bataille disparaitraient à vos yeux si je pouvais vous donner tous les développements de cette ins- - litution, dont je n’ai eu l’honneur de remettre à Sa Majesté et à Votre Excellence que le simple texte et les bases générales. Je tiens de plus en plus à ce que la chirurgie de - bataille, ou chirurgie d’élite, cesse d’être en projet et à ce » qu'on Pétablisse sur un pied digne d’elle et des services - qu'elle doit rendre. Sa Majesté vient d’honorer par des . récompenses et des distinctions un grand nombre de chi- » rurgiens ; mais la chirurgie n’en reste pas moins un état

précaire, dans lequel, après avoir essuyé de grandes fatiques et de fréquents dangers, des hommes estimables et précieux trouveront à la paix, au lieu d’une existence sortable, un licenciement désespérant pour eux et funeste aux intérêts des armées, d’où le dégoût et le dépit les éloigneront enfin pour toujours. Mes collaborateurs craignent tellement ce sort que plusieurs, même de ceux en grade, ont pris du service comme officiers et ont été reçus par Sa Majesté, qui en a témoigné de la surprise et du mécontentement. Soixante-quatre demandent en ce moment à se retirer parce qu’en leur absence, quoiqu’ils aient fait cinq ou six campagnes, on a tiré pour eux à la conscription, qui en a frappé plus des deux tiers. Dix-huit ou vingt ont été condamnés par contumace, comime réfractaires ou déserteurs, et les parents ont payé quinze cents francs d'amende pour ces jeunes gens, dans le temps même qu’ils. se sacrifiaient aux armées et que quelques-uns y perdaient la vie, soit dans les hôpitaux, soit sur le champ de bataille. Nous en avons qui, étant devenus hors d'état de continuer le service par leffet de leurs blessures ou des maladies contagieuses qu'ils avaient contractées, ont été remis par le ministre directeur sous l’empire de la conscription pour être incorporés dans un régiment ou réformés comme soldats.

« Vous sentez bien, monsieur le grand-maréchal, que les choses ne peuvent se soutenir ainsi. Tant que Sa Majesté commandera en personne les armées, on n'y manquera pas de chirurgiens, parce que cette classe la chérit, la révère, l’admire avec enthousiasme ; tant que je serai chargé du service, la confiance, l'habitude, la curiosité en: attireront autour de moi : mais qu’y feront-ils ? qu'y feraije moi-même si on nous y laisse tels que nous sommes? Pour mon compte, je répugne excessivement à y rester sous le régime administratif et il me serait impossible de: rentrer en campagne s’il fallait y être encore dans Pétat:

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