‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 15 sur 293 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

moindre cri hostile. Il trouva le grand hôpital dans l’état le plus lamentable : les aliments distribués aux malades étaient insuffisants: l'administration demeurait comme d'ordinaire au-dessous de sa tâche et le service de santé devait tout improviser.

Toujours préoccupé du sort de ses collaborateurs, Percy sollicita pendant son séjour à Madrid la concession aux chirurgiens attachés aux ambulances légères du quartier général de l'épaulette du grade auquel la loi les assimilait; il se flattait que cette distinction, exclusivement réservée aux membres de la chirurgie de bataille, opérerait une révolution salutaire dans l'esprit de tout le corps; mais sa demande fut rejetée. Il fut plus heureux dans les démarches qu'il fit à la même époque pour obtenir la création de soldats d'ambulance. Dès le 25 novembre, il avait demandé que les colonels fussent autorisés à mettre à sa disposition les hommes que la privation volontaire ou involontaire d'un doigt rendait impropres au maniement du fusil; il destinait ces soldats mutilés au rôle d'ambulanciers, sans se dissimuler que le mieux serait, comme il l'écrivit plus tard, « que l'autorité ecclésiastique, d'accord avec l'autorité militaire, créàt une congrégation nouvelle, à l'instar et dans la simplicité de celle des Frères des écoles chrétiennes (1) », et l'urgence de cette mesure était d'autant plus manifeste qu'il n y avait pas alors dans toute l’armée un seul infirmier français. Le 19 décembre, il reçut communication d’un arrêté impérial créant un bataillon de soldats d'ambulance; le jour même, il équipa un certain nombre d'hommes avec les habits des volontaires de Madrid: ce fut le noyau d'une troupe qui, dans Île reste de la campagne, ne rendit pas moins de services que les anciens infirmiers volontaires des ambulances mobiles de l’armée du Rhin.

Lorsque Napoléon se décida à marcher à la rencontre des Anglais débarqués en Galice, Percy suivit l'armée et fut témoin

(1) Despotats ou Brancardiers. Paris, C.-L.-F. Panckoucke, 181%, in-8° de 10 p., # planches. (Extrait du Dictionnaire des sciences médicales, t. VII). Trois des planches qui accompagnent cet article sont de Duplessis- Bertaux.

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des souffrances que les troupes éprouvèrent au passage de la sierra de Guadarrama ; il s’étonna de retrouver à quelques lieues de Madrid les fondrières de Pultusk : « Quel dommage, écrivaitil dans son journal le 31 décembre, d'être en un si triste pays pour le jour de l'an, loin de tout ce qui nous est cher en France! » Ce fut à Benavente qu'il rejoignit l'Empereur. Sir John Moore s'étant dérobé par une retraite précipitée à la poursuite des Français, Napoléon revint à Valladolid, d'où il ne tarda pas à partir pour Bayonne. Le 15 janvier, Percy reçut l'ordre de retourner à Madrid : il y arriva le jour même où y rentrait le roi Joseph. Le maréchal Jourdan remplissait auprès du frère de l'Empereur les fonctions de major général; l'ancien chirurgien en chef de l’armée du Danube trouva en lui un bienveillant concours pour l'amélioration des hôpitaux de la capitale; il ne fit pas non plus inutilement appel aux sentiments humains du monarque qui, charmé d’avoir fait la connaissance d'un homme d’un tel mérite, lui témoigna en toute circonstance les plus grands égards.

Après cela, ce qui occupa surtout Percy pendant son séjour à Madrid, ce fut l'organisation du corps des soldats d'ambulance ; ceux-ci furent en grande partie équipés à ses frais; on admira leur bonne tenue, et, pour que tout le monde püt apprécier leurs services, une escouade d'élite fut dirigée sur Bayonne, où elle devait attendre l'ordre de se rendre à Paris. C'était compter sans la jalousie des bureaux de la guerre. « Nous nous étions flatté, a dit dans la suite Percy, qu'on verrait avec intérêt cet échantillon d'une troupe nombreuse et belle, qui venait d’être formée et mise sur pied sans qu'il en eût coûté un centime au gouvernement. Mais nous nous étions trompé : au lieu de nous remercier, on se fâcha contre nous. » L'’escouade fut renvoyée à Madrid; l'intendant général reçut l’ordre de s'emparer du bataillon des soldats d’ambulance qui, soustrait au commandement des officiers de santé, ne tarda pas à se dissoudre, faute d'être entretenu et payé régulièrement.

Cette déception, jointe à l’altération de sa santé, détermina

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