‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 153 sur 293 · HOPITAL DE MOHRUNGEN · texte numérisé non relu

HOPITAL DE MOHRUNGEN

toujours plein ; les blessés y arrivent nuit et jour ; depuis le 4, il en à passé huit cents par Mohrungen. J'ai vu M. Marillon, sous-chef de l'état-major du 6° corps : il a été touché par un boulet à la partie supérieure du bras droit la fracture est terrible et s’étend jusqu’à la clavicule qui y participe. On n’a pu amputer dans l’article ; déjà la poitrine s’engorge, comme cela arrive si souvent dans ce cas ; la fièvre est forte; la face est allumée, à cause de la gène de la respiration qui commence à être râleuse ; c’est un homme perdu. La ville est pleine de voitures. Le quartier général est parti hier. Demain, à deux heures, nous nous réunissons dans la cour de l'hôpital pour partir tous ensemble; nous serons plus de cinquante.

J'ai mal aux gencives, n’ai plus guère de dents et ne puis mâcher. Il est onze heures un quart : je me couche dans une chambre où sont quatre lits, dont un est occupé par un de nos chirurgiens qui ronfle horriblement; je ne dormirai guère. Je me suis rasé et lavé, ce qui me rafraichit et délasse beaucoup.

Je laisse à Mohrungen MM. Cols, Pierron et sept sousaides.

10. — À deux heures et demie je me suis levé, n’ayant pas dormi une bonne heure, à cause de mon ronfleur. Il faisait grand jour et une fraîcheur admirable ; déjà tous les oiseaux chantaient et le soleil allait paraître. À trois heures et demie ma troupe s’est mise en marche : il a fait alors un vent frais et presque froid ; c’est ce qui rend nécessaire la précaution de se bien couvrir au bivouac. Monté sur mon beau siège, j’ai cheminé comme hier au milieu d’une poussière à ne pas se voir. Il nous a fallu marcher à la suite de quelques pares et convois, le chemin élant trop étroit pour les devancer ; cependant nous en somines venus à bout, mais non sans accident, car, au passage d’uu pelit pont de bois jeté sur un cloaque, une

voiture du train d'artillerie que nous avions coupé a voulu reprendre la file et a jeté le chariot sur lequel était mon jeune ami Le Vert sens dessus dessous. Personne n’a été blessé de cette chute malicieusement provoquée par un brigadier que j'ai voulu châtier; l'officier du train a été malmené par nos chirurgiens ; cependant tout s’est arrangé et en notre présence le brigadier a été condamné aux arrêts (c'est-à-dire à rien, et même, en campagne, les arrêts sont moins que rien). Quel pauvre pays! Déjà il est sec et aride comme à Ja fin de l'été le plus brûlant; il n’est presque pas cullivé et le peu de prés ou de champs verts qui s'y trouvent de loin en loin est déjà dévoré par notre armée. Les lacs sont très communs. Il y a aussi beaucoup de forêts; mais de toutes parts on rencontre d'énormes blocs de granit, de grès, de silex, de quartz, qui ressemblent à des détriments de rochers qui n’existent plus ou qui ont élé apportés par la mer dont ce pays a élé couvert, et c’est avec ces blocs que les habitants entourent leurs champs et font les assises de leurs maisons. Les malheureux ont été dispersés ces jours passés; ils reviennent peu à peu, rapportent quelques paquets que plusieurs de nos gens et surtout des alliés veulent encore voir. Après avoir fait six bonnes lieues, nous avons trouvé la petite bourgade de Deppen, que les Russes en se retirant

ont réduite en cendres : il ne faisait pas bon passer devant

ces maisons encore fumantes, tant l’odeur et la chaleur étaient extrêmes. Là coule la Passarge, pelite rivière sur laquelle est un pont que les Russes devaient détruire pour couper toute retraite au 6° corps, qu’ils avaient fait rétrograder ; par bonheur qu'ils ne purent effectuer cette opération et que quelques compagnies de voltigeurs les en empéchérent, sans quoi c’en était fait du 6° corps; le général russe qui avait la mission de délruire ce pont a été destitué. On dit que les Russes avaient près de soixante mille hommes sur le seul point de Guttstadt. Dans ce cas

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