CON PET ME
J'ai diné avec M. Daru, qui avait, pour un intendant général, un très mauvais dîner, ce qui est la seule faute des circonstances. Sa Majesté est partie à deux heures et demie pour Eylau, à ce qu’on assure. Mes collaborateurs m'ont procuré de chez notre hôte, très vilain monsieur qui était allé se plaindre qu’on lui enlevait tout pour les hôpitaux, un baril de bon vin blanc, un peu d'huile et deux grosses bouteilles de bon vinaigre. Nous sommes tous partis à cheval à cinq heures et demie, mes deux voitures suivant doucement. À sept heures, les éclairs et quelques coups de tonnerre ont annoncé l'orage, qui a fondu en averses sur nous et a trempé toute l’armée. Ayant cheminé jusqu’à onze heures et demie sans débrider et par un temps et des chemins affreux, n’ayaut pas un grain d'avoine, ni une once de pain, puisque nos voitures étaient à trois lieues derrière nous, j'ai pris le parti de m'arrêler avec mes quarante-six chirurgiens dans une immense écurie, où nous avons placé nos chevaux et où je me suis couché avec mes habits mouillés sur un peu de vieille paille, ayant pour oreiller une racine de bois sec el pour couvre-pied ma chabraque. J'ai dormi jusqu’à quatre heures et demie; tout mon monde en a fait autant el personne de nous n’avait rien eu à manger. On avait. lrouvé des jones, un peu d’herbe et de paille arrachée du toit pour soutenir nos chevaux. Nous n’étions plus qu’à” deux lieues d'Eylau. Il n’a pas fait froid dans ce logement. de misère et j’y ai goûté la douceur du sommeil ; seulement en me levant j'avais ce matin le col roide et douloureux,
13. — Nous sommes partis à cinq heures et demie du. matin, n'ayant pas eu la peine de faire toilette et ayants sellé et bridé nos chevaux en l'absence de nos domes-" tiques égarés ou restés en arrière. Il faisait assez beau. Nous avons traversé de grandes forêts et trouvé une route «
affreuse, d'où les voitures ont peine à se lirer : beaucoup