‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 161 sur 293 · AMBULANCES IMPROVISÉES · texte numérisé non relu

AMBULANCES IMPROVISÉES

À chaque instant on rencontre de méchants petits ponts jetés sur des ruisseaux bourbeux. Il nous a fallu passer à travers les pièces de canon, les voitures, l'infanterie, la cavalerie, le tout mêlé et presque confondu; c'était un brouhaha à ne point se reconnaître et à périr par les dangers dans lesquels il nous jetait à chaque pas.

Après avoir fait quelques lieues, nous avons été joints par l’aide-major Spouville, qui courait à toute bride pour avoir une caisse d'instruments, disant qu'on se battait dès la pointe du jour et qu’il y avait déjà beaucoup de blessés sans qu'on püt les secourir, les caissons d’ambulance ayant été arrêtés en chemin. Je lui ai procuré la eaisse demandée, qu'heureusement j'avais sur la voiture qui nous suivait de loin. Nous avons ensuite vu arriver des blessés se rendant à la petite ville de Domnau, où deux de nos divisions de chirurgiens de bataille se sont établies, celles de MM. Baudry et Ristel-Huber; elles y ont été trés utiles. Nous avons enfin entendu le canon, mais les coups n’en élaient pas très rapprochés. Les blessés arrivant par colonnes, j’ai placé à l’angle d’un bois des chirurgiens pour les arrêter, les y réunir et Les faire bivouaquer, en attendant qu'on pût les panser et opérer. Ayant vu les équipages du 8° corps arrêtés en deçà d’un petit pont et les chirurgiens Damiens et Berthod restant avec les caissons d’ambulance, qu’un aide de camp de Sa Majesté ne voulait pas plus laisser passer que les autres voitures, parce que telle était la défense de l'Empereur, excepté pour lartillerie, j'ai prescrit à ces messieurs de se mettre en devoir de soigner les blessés que je leur enverrais, et cest, en effet, sur ce point qu’on a fait pendant trois heures le plus de pansements et d'opérations. D’un autre côlé le principal Ulliac s’était mis dans un bois, en approchant davantage du champ de bataille, et c’est là que les

blessés du 8° corps étaient la plupart dirigés. Quelques petites ambulances de division ou de régiment s’étaien!

FRS er à = .: L'EN M : PAT 4.

arrangées dans le voisinage et les blessés savaient bien nous dire qu’ils voulaient aller là plutôt que là.

Nous sommes arrivés sur le terrain où était l'Empereur au milieu de ses généraux, suivant de l’œil les mouvements des troupes qu’il avait en avant, donnant des ordres et rassemblant une ligne immense de cavalerie pour la faire marcher; il se promenait tantôt seul, tantôt avec un de ses maréchaux. Lorsqu'il arrivait un régiment, il allait le voir défiler; sa garde à pied a eu sa visite d’un bout à l’autre; il avait sa redingote grise et paraissait très occupé. On tirait peu alors, mais tout se préparait pour une terrible bataille. M. Maret a eu la bonté de venir à moi et de m’annoncer qu’il avait présenté à Sa Majesté mon acte de nomination à l’Institut pour être approuvé par elle, ce qu’elle avait fait avec plaisir et empressement. Jaurais pu aller saluer l'Empereur, qui me voit toujours avec tant de bienveillance, mais il élait trop occupé de son objet; d’ailleurs je n'avais rien de bien intéressant à lui dire de mes dispositions, puisque nos douze caissons d’ambulance étaient arrêtés par suite de sa défense générale à plus de trois lieues du champ de bataille.

J'ai visité une grande maison rouge, à une portée de canon du terrain où était l'Empereur et au delà de la petite rivière de .. Je savais que les grenadiers réunis y avaient leur ambulance sous la direction de M. Bancel, qui m'avait dépêché le jeune Spouville pour avoir une caisse; déjà les chirurgiens y avaient eu beaucoup de blessés que, faute de cette caisse, ils n’avaient pu opérer; M. Bancel, l'ayant reçue, ne s’en était servi qu’une fois, je ne sais pourquoi ; cependant les cas qui en nécessitaient l'usage n'étaient pas rares autour de lui. Les divisions de chirurgiens de bataille de MM. Dupont et Fizelbrand ne ont pas laissée oisive : au lieu d’une, il en eût fallu six, tant le boulet et la mitraille nous avaient fait de mal. Le devant de la maison était jonché des cadavres de nos

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