‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 17 sur 293 · INTRODUCTION XLIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLIX

du repos qu'après s'être assuré que les soldats prussiens et russes ne manquaient de rien. Instruits de son dévouement, les souverains étrangers lui firent parvenir leurs félicitations, et les décorations en brillants de l’ordre de Sainte-Anne de Russie et de l’Aigle Rouge de Prusse ne furent que la juste récompense de l’activité qu'il avait déployée dans l’accomplissement de sa charitable mission. L’ambassadeur d'Angleterre voulut lui remettre au nom de George IIT une riche tabatière, mais il la refusa : il lui en eût trop coûté de devoir quelque chose au représentant d'une nation en qui sa connaissance de l’histoire lui faisait voir l'ennemi séculaire de la France. | La première Restauration ne changea rien à la situation officielle de Percy. Bien qu'ils n’ignorassent pas l'admiration qu'il professait pour l'Empereur, les membres de la famille royale le traitèrent avec les plus grands égards; Louis XVIII le prit pour chirurgien consultant, et trois fois par semaine l’ancien aidemajor de la compagnie écossaise dut se rendre auprès du roi, qui se plaisait à l’entretenir de ses campagnes et de ses travaux.

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« Sa Majesté, qui, dit son biographe, avait su apprécier le mérite “ de M. Percy comme chirurgien, n'avait pas tardé à reconnaître en lui un littérateur distingué, et souvent il l’accueillait par quelques citations de nos auteurs latins, auxquelles M. Percy, dont la mémoire était aussi fraiche que richement meublée, réa pondait sans la moindre hésitation. Un jour que, cédant au cha- ; grin de voir que l'état de ses jambes, loin de s'améliorer, semblait au contraire devenir plus fâcheux, Sa Majesté daignait

… faire part à M. Percy de la peine qu’elle éprouvait de ne pouvoir … se montrer en public, soit à pied, soit à cheval, M. Percy lui ré- . pondit : « Sire, le torse est bon, la tête est excellente, et avec ke « le cœur d’un Bourbon la France est sauvée. » Le roi parut flatté À de cette réponse et daigna le témoigner à M: Percy avec beauk coup de bienveillance (1). » | 4 » Les événements ne tardèrent pourtant pas à infliger un dé-

# (1) GC. Laurenr, Histoire de la vie et des ouvr ages de ÿ -F, Percy,

p. 236, ré Le

menti à cette assertion. De quelques motifs que le captif de

Sainte-Hélène ait plus tard cherché à colorer sa tentative, personne ne conteste aujourd’hui que le retour de l'ile d’Elbe fut un malheur pour la France. Lorsque Percy apprit le débarquement de l'Empereur au golfe Juan, il résolut de demeurer à

l'écart ; mais, Napoléon ayant fait appel à son dévouement, ilne

crut pas pouvoir refuser ses soins à ses anciens compagnons d'armes et suivit l’armée jusqu’à Waterloo. À la même époque, le collège électoral de la Haute-Saône l’envoya au Corps législatif; il n’y siégea que deux fois et son rôle se borna à élever la voix en faveur des soldats blessés.

Il n’en fallut pas davantage pour qu'après les Cent-Jours ses ennemis concussent l'espoir de le perdre entièrement.dans l’esprit du souverain. À la seconde Restauration, il fut mis à la retraite comme inspecteur général du service de santé des armées, sans qu'aucun procédé obligeant vint adoucir la rigueur

de cette disgrâce. Ce ne fut pas tout, et l'envie s’acharna à le

traiter en suspect, presque en conspirateur. « C'était pour lui, dit son biographe, une seconde époque de Terreur, car il ne pouvait plus faire un pas ni entrer dans un cabinet littéraire sans qu'il devint l'objet d'un rapport au ministre de la police (1), près duquel il fut mandé vingt-deux fois (2). » L'imagination des délateurs alla jusqu'à transformer sa galerie d'armures antiques en un arsenal propre à fournir des armes au faubourg Saint-Antoine. À Ja fin, Louis XVIIL intervint en personne pour

mettre un terme à ces vexations. « J'ai été indignement traité, |

écrivit Percy le 26 février 1816; on m'a poursuivi avec une lâcheté qui a peu d'exemples ; maïs le bon roi m'a protégé contre de vils sycophantes ; mon colonel royal, le duc de Berry, s'est déclaré mon patron, et M. le duc de Richelieu daigne m'appeler son ami... Je suis, à la vérité, un peu déplumé; mais je n'en aurai pas moins de quoi vivre honnêtement. »

Les années qui suivirent sa mise à la retraite virent Percy se «

. (4) Le ministre de la police était M. Decazes. (2) G. Laurenr, op. cit., p. 241.

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