ENTREVUE DES DEUX EMPEREURS
- pagné leurs souverains. L’entrevue dure une heure et … demie. Les deux empereurs ont été seuls; à la fin de la . Séance, ils ont reçu dans la maison de bois tous les person-
nages dont elle était environnée; pendant qu’elle a duré, - le grénd-duc Constantin a causé, avec de grands gestes, avec le grand-duc de Berg. Nous étions attentifs à tout ce qui se passait. À deux heures à peu près, on s’est séparé. - Les empereurs se sont salués avec amitié: leurs barques … ont cheminé un moment ensemble: ensuite l’une a pris à - droite et l’autre à gauche, mettant à bord, au milieu des - acclamations russes, d’un côté, et françaises, de l’autre, les « deux souverains. Le nôtre avait l'air assez satisfait. C'était - vraiment un spectacle charmant et intéressant; la pluie … avait cessé el le soleil semblait se remontrer exprès pour - embellir ces deux heures mémorables.
… 11 paraît qu’Alexandre et Napoléon s'entendent, s’es- »timent et se conviennent; nous sommes tous dans l’allé- … gresse el comptons déjà le chemin que nous avons à faire - pour retourner en France.
__ Ce soir, on assure qu'Alexandre avec sa garde viendra - occuper demain une moitié de la ville et que notre Empe- + reur se tiendra dans Vautre; tout se dispose en consé- - quence. Quel événement ! Peut-être la paix se conclura- . t-elle à Tilsit même et sera signée par les empereurs eux- - mêmes, qui donneront par là un grand exemple à l'univers . et uue grande lecon à la postérité.
On me déloge, mais avec beaucoup d’égards, pour
M. le prince de Bénévent, qui arrive demain.
— Le temps est toujours détestable; la pluie continue ; les bivouacs sont des plus mauvais. Les distributions vont mal; on en fait à la garde; on lui a donné hier trois pièces de vin que je croyais destinées pour nos hôpitaux de la “place, où en ce moment nous avons six cents malades. - Sept ou huit médecins, dont cinq principaux, se promè- - nent ici, et ce sont nos chirurgiens seuls qui font le service ;
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aucun, excepté celui de la réserve, n’a même mis le pied dans nos hôpitaux; demain je les forcerai de prendre le cahier, ou je les ferai expulser de la ville. Il nous a été fourni quatre cents paillasses vides et quelques chemises ; nous n'avons pas encore de couvertures; heureusernent que nous avons pu nous procurer de la paille. Il existe, parmi nos malades, cent soixante hommes de la garde.
J’ai fait partir depuis trois jours douze chirurgiens pour se rendre sur tous les points par lesquels l’armée a passé, afin de recueillir les malades et les blessés échappés à nos premières recherches. Ils sont allés à Wehlau, Friedland, Preuss-Eylau, Heiïlsberg, etc., donnant partout secours et assistance, et renforçant les divisions de chirurgie déjà établies sur ces lieux. Demain la 7° division de chirurgie de bataille part pour suivre la même direction ; elle sera accompagnée d’un commissaire des guerres et d’un directeur principal, qui emmènent des denrées, de l’eau-de-vie, du vin, des médicaments, des moyens de pansement, et emportent trois mille livres, de sorte que je puis espérer que sous peu de jours, surtout si on nous donne des voitures, les blessés seront transférés, partie sur Heiïlsberg, ce seront les pauvres ampulés et les fracturés, et partie sur Marienbourg et autres bons hôpitaux. Les cinq mille Russes blessés qui sont rassemblés à Friedland vont sans doute tomber à la charge de leur gouvernement, qui nous délivrera du soin bien pénible et bien affligeant de les nourrir et traiter; il y a parmi eux une foule d'hommes très gravement blessés.
26. — J'ai délogé ce matin, et suis venu retrouver mes anciennes hôtesses les bossues. On est heureux d’avoir un asile : les Français n’ont plus que la moitié de la ville ;
l’autre moitié est dévolue aux Russes. Il fait assez beau ; le
soleil est même chaud et il était temps que ce changement eût lieu, car les malades se multiplient tous les jours