‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 176 sur 293 · LE MAJOR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE MAJOR GÉNÉRAL

dans son zèle, dans son dévouement, dans ses travaux, devait croire inépuisable la généreuse bienveillance de Empereur ; je lui ai fait entendre qu’au besoin je m'adresserais, comme au [* mars, à Sa Majesté elle-même, mais que j'aimais mieux recourir à l'intervention de Son Altesse et lui devoir une nouvelle faveur, qui la fera regarder comme lun des plus grands bienfaiteurs de la chirurgie, etc. Il m’a promis de mettre mon état sous les yeux de lEmpereur ; il s’agit de suivre cela ; dans tous les cas, j'en aurai toujours un double sur moi, afin de le présenter moi-même à Sa Majesté, lorsque l’occasion se présentera.

Le vent est au sud-ouest, le temps me rend tout je ne sais comment ; ma vue est obscurcie ; je ne suis pas ferme sur mes jambes ; en regardant autour de moi, j'ai comme des vertiges; enfin je manque d'appétit et mes idées ne sont pas lucides. Déjà hier je me trouvai dans cet état : aussi à peine pus-je bien voir notre Empereur et je ne fis qu'apercevoir le roi de Prusse.

J'ai dormi deux bonnes heures après avoir bien diné: ensuite, m'étant levé, je me suis senti leste et tout dispos, ayant les yeux vifs et la vue très perçante. Je suis allé auprès du terrain où l'artillerie manœuvre devant nos souverains ; je m’y suis promené {rois quarts d'heure et je les ai vus revenir au pelit galop. Pour le coup, j’ai bien regardé et très bien remarqué le roi de Prusse; il marchait à côté de nos empereurs. Le temps a été beau ; il a changé et je vais me bien porter.

Ma Memelée à fait Padmiration des connaisseurs, tant elle est gentille et caressante.

30. — Je me porte bien et suis content. Le soleil s’est levé brillant et d’une ardeur qui, vers une heure, a été presque insupportable. C’est le Sud qui règne en plein : Austri visum habitantes, caliginosi. J'ai, chaque fois que la constitution australe à lieu, comme une gaze lrès fine

devant les yeux et mon ouïe est aussi un peu obtuse.

Le chirurgien sous-aide Bataille a vu ce matin l’empereur Alexandre, qui lui a fait cadeau d’une bague très belle, pouvant valoir trois mille francs ; il a accompagné ce don de choses flatteuses pour la chirurgie francaise. Après qu’il lui a eu remis la petite boîte rouge contenant la bague, un gentilhomme de service lui a pris la main et y a laissé un rouleau de cent cinquante ducats, en lui disant que c'était pour le défrayer de ses courses que Sa Majesté lui offrait cet argent. On peut dire que l’empereur met dans tout ce qu’il fait beaucoup de délicatesse et d’amabilité. Voilà un chirurgien en sous-ordre très magnifiquement traité. M. Willier, chirurgien général de l'armée russe, avait rendu un compte avantageux de mon collaborateur à Sa Majesté Alexandre. Ce confrère jouit de Ja plus grande considération ; il n’a que trente-deux ans; son nom est français ; cependant il est né à Saint-Pétersbourg ; il passe pour avoir beaucoup de talent. En ce moment il a un gonflement érysipélateux au bras gauche à la suite d’une piqûre à un doigt; on est en peine de lui et l’on voit, par l’inquiétude de son souverain à son égard, de combien d’estime et de confiance il jouit à la cour et à l’armée. Mais il est mal secondé et, en général, il n’a autour de lui qu'un petit nombre de chirurgiens instruits. Il a le rang de général de division; ses appointements sont de dix mille roubles, sans compier des rations et frais de table et de bureau très considérables.

Le 30 juin sera à jamais fameux dans les armées française, russe et prussienne par le festin de fraternité qui a eu lieu entre l'élite des troupes de ces armées. Dans un pré bien exposé, à une portée de canon de la ville, on avait préparé des tables champêtres : c’étaient des planches fixées par des piquets ; elles étaient arrangées de manière à faire un carré, au milieu duquel se tenait la musique, La soupe, les viandes de bœuf, de cochon, de

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