‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 177 sur 293 · FESTIN DE FRATERNITÉ · texte numérisé non relu

FESTIN DE FRATERNITÉ

mouton, d’oie et de poule ne manquaient pas ; la bière et le schnapps, dans des barils particuliers, figuraient aux extrémités de chaque table. Les grenadiers et chasseurs à pied de la garde française, mêlés avec la garde russe, étaient debout, mangeant et buvant. Les Russes, timides et n’entendant pas notre langue, n’osaient se livrer d’abord; mais, pressés par les avances et caresses de nos gens, ils se sont peu à peu enhardis et sur la fin du repas ils étaient lous bien. On a suspendu le festin, déjà bien commencé, pour attendre un bataillon de la garde prussienne qui était de l’autre côté du fleuve, car les Russes élaient en trop petit nombre pour nos gardes, et d’ailleurs il convenait, le roi de Prusse étant sur les lieux et en arrangement, que ses gens fussent de la fête. Les gendarmes d'élite, les grenadiers à cheval ont de leur côté dressé des tables et régalé la Prusse et la Russie au bruit des fanfares. Cela a été assez gai. Devant le camp des gendarmes était planté une espèce de guidon blane, sur lequel on voyait les lettres initiales des noms des trois souverains : N. À. F. Ce soir, on ne reconnaît plus les gardes : ceux de France ont le bonnet des Russes, qui ont pris le leur ; on a changé d’habits, de chaussures, et on se promène ainsi dans les camps et dans la ville, en criant : « Vivent les empereurs ! Vive le roi de Prusse! » Ce dernier cri est rare et très enroué. Les Prussiens, en général plus hardis que les Russes, s’en sont donné à cœur joie ; il est vrai qu'arrivés les derniers et lorsque la victuaille était déjà fort diminuée, ils ont dù se dédommager sur la boisson. Tout, au reste, s’est bien passé et, quoique ivre, chacun s’est retiré sans bruit ni scandale.

On a aussi donné à diner à MM. les officiers russes et prussiens. La fête s’est passée sous une immense tente ou baraque couverte de voiles de bateaux, dont l’intérieur était orné de guirlandes, festons et bouquets. Chaque bataillon de la garde a envoyé à ce repas trois officiers

supérieurs, afin d'établir la proportion avec MM. les officiers étrangers, qui ne sont pas en aussi grand nombre que les nôtres. On a été très gai de part et d’autre et cette réunion a dù faire grand plaisir à tout le monde.

Les trois souverains sont allés voir à cheval Le corps des grenadiers à cheval; en revenant ils paraissaient très satisfaits, le roi de Prusse surtout, que pour la première fois on a vu rire et se tenir à côlé de notre Empereur.

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