‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 178 sur 293 · SUITE) DE TILSIT A BERLIN · texte numérisé non relu

SUITE) DE TILSIT A BERLIN

L'empereur Alexandre. —— Administration détestable. =— Pauvre papa Percy! — Audience de l'Empereur. — Demande de récompenses. — Le roi de Prusse. — Kalmoucks et Baskirs. — Musique des Baskirs. — Tartires et Cosaques. — La reine de Prusse. — Grande revue. — En route pour Kœnigsberg. — Beauté du paysage. — Le chirurgien général Gerlach. — Médecins et chirurgiens. — Blessures de guerre. — Jardin public de Kœnigsberg. — Service de santé de l’armée. — M. Goercke. — — Famille royale de Prusse. — Vallée de Tempé. — Frauenbourg et Copernic. — Evacuations fluviales. — Hôpitaux d'Elbing. — Dysenterie et épizootie. — Cadavres momifés. — Hôpitaux de Dantzig. — Chemins de sable. — Campagnes désolées. — De Konitz à Friedland. — Schœnlauke. — Hôpital de Landsherg. — Hôpital de Kustrin. — Maladies épidémiques. — Séjour à Berlin.

1°" juillet. — M'étant mis en grande tenue, je suis allé

au logement de Sa Majesté l’empereur de Russie, que jai eu le bonheur de trouver seul avec le grand-duc Constantin, son frère. Ils m'ont accueilli avec une bonté toute particulière ; nous avons longtemps causé ensemble. L’empereur est un peu sourd : quand on a obtenu de lui une audience, il est d’étiqueite que le chambellan de service prévienne en disant que Sa Majesté désire qu’on lui parle un peu haut; malheureusement cette précaulion n’avait pas été prise à mon égard ; aussi me suis-je aperçu que . Pempereur se penchait souvent de mon côté pour mieux m'entendre. Il m’a parlé des blessés de son armée ; il voulait savoir s’il y en avait eu beaucoup à la bataille de Fried-

land. La question était embarrassante ; je me suis tiré d'affaire en Jui répondant que, quand deux braves armées en viennent aux mains, il faut nécessairement qu’il coule du sang. Je l’ai rassuré sur les soins dont il craignait que ses gens n’eussent manqué, non faute de générosité de notre part, mais faute de moyens. Nous avons parlé des ambulances de son armée; je les ai louées, et, en effet, elles sont mieux montées que les nôtres. je croyais que leurs instruments de chirurgie étaient de fabrique anglaise : Sa Majesté m’a détrompé et m'a appris que dans sa capitale il y avait d'aussi bons couteliers qu’à Londres. Rien n'égale la pétulance du grand-duc : il s'explique avec une vivacité et une gesliculation qu’on interprète ordinairement très mal. J’ai cru voir dans ce prince un bon cœur, une imagination ardente el un caractère bouillant et impétueux.

Sa Majesté à recu mon congé avec autant d’aménité qu’elle avait agréé ma visite et m’a laissé aller en m’assurant du plaisir que je lui avais fait.

2. — Le médecin du grand-duc, M. Lindeshoem, est venu me trouver à trois heures; il m’a témoigné combien il lui avait tardé de faire ma connaissance ; je l’ai reçu le mieux que j'ai pu. Il ne loge pas en ville ; chaque soir, il repasse le Memel et couche sur la rive droite, où est la … maison du prince. C’est un homme d’assez bonne mine, âgé de trente-six ans, parlant bien français et s’expliquant avec réserve et noblesse ; il y a dix-huit ans qu'il est près le prince, qui n’en a que vingt-six ; il est décoré de l’ordre de Wladimir de quatrième classe. Nous avons causé ensemble. de M. Willier, le chirurgien inspecteur général de l’armée russe ; il me l’a peint comme un aimable homme, instruit, honnête, actif, considéré. Il savait l’accident qui lui. est arrivé. L'Empereur m'en avait parlé le matin avec l'intérêt de l’estime et de la plus grande bienveillance. Ce

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