À DEMANDE DE RÉCOMPENSES
el n'ont que le faible avantage de plaire à l’œil. — Les Anglais sont-ils meilleurs chirurgiens que les Allemands ? — Oui, Sire, et, si je ne craignais de paraître inmodeste, je dirais qu’ils nous valent presque pour la connaissance et l’adresse ; ils traduisent nos ouvrages et nous en faisons autant des leurs ; il y a beaucoup d’analogie entre la pratique chirurgicale des deux nations. Ils ont de meilleurs instruments que nous... — Comment ? Est-ce que nous n'avons pas à l’armée d’aàssi bons instruments que les leurs? — Nous y avons quelques caisses faites par deux habiles couteliers de Strasbourg; les autres ne valent abso-
ment rien et il en manque plus de cinquante. — Ah! détestable administration ! Combien je suis indigné de fout ce qui se passe dans ces administrations !... Avons-
nous des maladies dominantes ? — Oui, Sire, c’est maintenant la dysenterie, mais elle n’est ni mortelle, ni contagieuse. — La dysenterie? Il faut y prendre garde. Y a-t-il du riz dans les hôpitaux ? C’est le remède. À propos, en avons-nous nous-mêmes ? » a-t-il dit à M. le grandmaréchal, qui lui a répondu affirmativement.
J'ai profité d’un moment de silence pour remercier Sa Majeté de la nouvelle faveur qu’elle m’a faite en me nommant commandant et lai priée de vouloir bien prendre en considération un état de propositions que j'avais remis à Son Altesse le major général pour plusieurs de mes colla-
- borateurs, qui ont acquis de grands droits à sa munificence
et à ses bontés : il s'agissait de ma liste. J’ai expliqué que je demandais la croix pour les dix chirurgiens les plus anciens, l'emploi de chirurgien-major vacant dans dix
- régiments pour dix autres et la confirmation de dix aides-
majors dans le grade que je leur avais provisoirement
. conféré. Sa Majesté a eu la bonté de me promettre que
- cela serait. J’avais en poche le double de ma liste; il ne
s'agissait que de le présenter, ce qui n’eût pas offensé Son
. Aliesse le major général, et c’est justement ceque j'ai oublié.
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J'avais déjà remis en présence de Sa Majesté à M. le major général ma réponse non cachetée à la lettre de mon bon camarade Goercke, de qui je venais de parler. Malheureu=sement j'ai oublié mon duplicata et je ne sais ce que cette faute me coûtera d’inquiéludes et peut-être de regrets: avec un peu plus de présence d'esprit mon affaire était terminée ê{lico, mais ne nous désespérons pas encore.
À propos des blessés russes, dont le nombre a été trouvé considérable par Sa Majesté ‘elle a dit: « Après tout, j'aime mieux que soit ces b...-là que nos braves gens. Il n’ya qu’à les leur laisser et les avertir d’en prendre soin. Qu’en dites-vous, monsieur Percy ? — Je dis, Sire, que rien ne peut mieux nous convenir que celle mesure, car enfin nous sommes chargés de plus de trois cents blessés russes et c’est pour nous un surcroît de peines et de dépenses. »
Après quelques autres propos, Sa Majesté est rentrée dans son cabinet, me saluant gracieusement et moi lui recommandant avec instance les candidats portés sur ma liste.
J’étais allé deux fois pour voir le roi de Prusse, qui était toujours absent. À quatre heures, je me suis présenté à son modeste logement et, ayant attendu un quart d'heure, j'ai vu arriver Sa Majesté avec A. le maréchal Kalkreuth el un autre officier : ils revenaient de l’autre côté du Memel, à ce que je crois. Le roi seul est monté, laissant au pied de l'escalier ses deux compagnons; il est entré sans suite ni gardes dans la salle où j'étais, et m'a dit : « Vous avez désiré me voir, monsieur ? — Oui, Sire, j'ai pris celte liberté, mettant le plus grand prix à l'honneur de vous présenter mes hommages respectueux. — Vous êles, monsieur, le premier chirurgien des armées frangaises ? — Sire, je suis dans celles de France ce que mon ami Goercke, un des plus estimables et des plus fidèles serviteurs de Votre Majesté, est dans celles de Prusse. — Hélas !... Connaissez-vous personnellement M. Goercke? — Non, Sire, mais je ne l’en aime pas moins ; nous nous