‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 185 sur 293 · KALMOUCKS ET BASKIRS · texte numérisé non relu

KALMOUCKS ET BASKIRS

clite n'avait frappé ma vue. Ils sont tous très bruns et d’un brun suie. Leur front naturellement découvert est élargi par la coupe du toupet et des cheveux des tempes qu'ils se rasent souvent. Ils ont des petits yeux bruns, que la paupière supérieure ne découvre qu'incomplètement ; leurs pommettes sont saillantes et très larges: ils ont tous ie nez assez petit et la ligne du profil est presque droite : leur bouche n’a rien de remarquable, mais leur mâchoire inférieure est large et évadée. Tout cela leur donne une physionomie originale et étonnante pour nous. Ils se sont fait des huttes, où ils couchent et devant lesquelles ils mangent; c'est une chose plaisante de Les voir accroupis autour de leur marmite de soupe à l’orge, à la farine, à je ne sais quoi; ils vivent très mal et ne s’en portent pas moins bien. Leurs officiers sont bien costumés; ils ont des galons d'argent sur leur gilet et le long de leurs culottes et sont bien armés. Un d’eux, à peine âgé de dix-huit ans, nous à montré la pointe d’une lance, en nous faisant remarquer malignement qu’elle était acérée; puis tout à coup il a fait le geste de nous en percer, en disant : Hourrah Françouse ! et en riant : MM. les Kalmoucks ont aussi, comme on voit, leurs farceurs. Cette peuplade n’est pas gaie.

Plus loin est le camp des Baskirs. lei, vous pouvez vous croire transporté dans la Chine ou au Japon, tant pour les costumes que pour les figures, les usages, les habitudes el les inclinations. Le Baskir est, en général, d’une belle taille ; il est au moins aussi enfumé que le Kalmouck, sauf quelques exceptions ; il a les yeux tout petits, comme le Chinois; son nez est plus carré que celui de ses voisins: ses pommettes sont aussi plus saillantes que chez nous et, en général, il a la bouche enfoncée et les dents très belles. Il porte sur sa vilaine face un caractère de bonhomie qui fait plaisir ; il paraît vif, alerte, enjoué, hospitalier et d’un commerce facile; il nous a reçus avec complaisance et

s’est prêté à ce qui a pu exciter notre curiosité, excepté quelques individus, qui ont refusé de laisser voir leurs armes et ont répondu avec brusquerie. C’est la chose du monde la plus plaisante de voir cette peuplade. Nous l'avons trouvée mangeant ou achevant de faire cuire son souper, soufflant le feu, butinant autour de la chaudière, ou préparant des aliments absolument inconnus de nous. Les uns pétrissaient dans une petite auge de bois une pâte excessivement grossière pour ‘en faire des galettes de la largeur de la forme d’un chapeau, qu'ils faisaient ensuite cuire à leur foyer, d'abord à plat, ensuite debout et les retournant dans tous les sens : ce pain azyme, qu'aucun de nous ne pourrait manger, leur plait beaucoup; ils tiennent ce goût des Asiatiques, ainsi que la plupart de leurs usages. D’autres remuaient avec une cuiller de bois de leur façon une espèce de brouet de farine et de gruau sans graisse ni sel. Ceux-ci préparaient une soupe au fromage, et nous n'avons su que c’en était qu’en portant à notre nez le morceau en apparence d'argile grise que nous voyions découper par petits morceaux. Des Baskirs couchés sous la hutte, nous voyant attentifs à deviner ce que pouvait êlre cette masse singulière qu’un de leurs camarades mettait en petits morceaux, lui ont dit de nous la montrer et faire sentir, ce qu’il a fait de très bonne grâce. Ces gens ne mangent qu’une fois par jour et vers les sept heures du soir; ils sont sobres et vivent à peu près comme les Kalmoucks. Ils se tiennent accroupis à la manière des Orientaux ; leurs habillements sont très variés; il ny a point de costume régulier ni uniforme parmi eux; les uns ont une pelisse ou une redingote à l’européenne ou à la mode des Chinois; les autres sont couverts d’une mante pareille à celle de quelques sauvages; ils sont tous en bottes qu’ils se font eux-mêmes, car ils se cousent, s’habillent et s’arrangent entre eux. Ce qu’ils ont de plus frappant est leur bonnet, qui en général est uniforme. Ce

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