MUSIQUE DES BASKIRS
bonnet est de poil de renard; il est énorme; le tour est découpé en quatre parties, dont l’une couvre le col, deux les joues et la quatrième peut se rabattre sur la figure; il ressemble en grand aux bonnets de quelques juifs polonais; quand il est retroussé, il a cette forme (1). Il paraît qu’ils en ont soin et qu'ils ne le mettent que quand ils sont de service ou en grande tenue; dans le camp et sous la hutte, ils ont des petits bonnets pointus, comme ceux des Chinois et des Japonais, et chacun à pris la couleur et l’étoffe qui Jui ont fait plaisir ou qu'il a pu rencontrer; il y en a de drap, detoile peinte, de damas, de velours; quelques-uns portent une calotte de cuir ou de laine ; d’autres ont un mouchoir autour de la tête; il n’y en a pas un seul qui n’ait la tête couverte, au lieu que les Kalmoucks l'ont
toujours nue. Ils sont d’une pudeur extrême vis-à-vis des
étrangers, aux yeux de qui ils ne paraissent jamais nus, ni découverts; ils s’accroupissent pour uriner et ne se touchent jamais, ce qui les rendrait impurs. Ceci est encore un trait de ressemblance avec les Asiatiques mahométans. Ils sont païens; nous avons demandé à voir leurs fétiches; mais ils ont fait semblant de ne pas nous entendre, quoique notre interprète s'expliquât très intelligiblement pour eux. :
Chaque camp est une peuplade particulière, ayant son cheik qu’elle respecte et craint. Ge chef est toujours un superbe homme, portant grande barbe, bonnet de velours noir brodé, simarre d’écarlate sans ceinture et un sabre ture, ou persan, ou indien. L’un d’eux a au col un ruban ponceau portant une belle médaille d’or à leffigie d'Alexandre : nous l'avons salué et il nous a répondu avec
dignité; sous sa hutte était un beau tapis oriental. Nous
avons vu un Baskir qui jouait d’une longue flûte, ou plutôt d’un tuyau de fer-blanc fait de deux pièces soudées
(1) Ici se trouvent dans le manuscrit deux croquis à la plume de la main
de Percy.
D TO DE MO ot | END PRET : Der.
ensemble et percé de sept trous, dont six en haut et un dessous. Ce tuyau, gros en haut comme l'index et en bas comme le petit doigt, n’a point d'embouchure, ni rien qui ressemble à un sifflet. Le Baskir en place sur sa lèvre inférieure l'extrémité la plus large, ne ferme pas la bouche et joue en remuant les doigts et sans doute en coupant avec le bord du tuyau l’air ou le vent qu'il introduit dans ce singulier instrument ; aussile som est un stridor qui paraît d’abord âpre et déoehle mais qu'on {rouve ensuite doux et harmonieux. Le musicien souffle plus de deux ou trois minutes de suite sans reprendre haleine et toujours allant en décroissant; puis il inspire fortement, ce qui produit un son bruyant et monotone, après lequel l'air reprend son train. Cet air est mesuré, cadencé, un peu mélancolique et approchant du rânz des vaches; il nous a fait grand plaisir; un Baskir a accompagné de la voix l'instrument de son camarade en faisant une grimace horrible, en contraignant sa respiration et tirant de sa poitrine des sons très analogues à ceux du tuyau; sa face rougissait el ses jugulaires étaient grosses el variqueuses. Le duo ne manquait pas d'agrément. Nous avons demandé un danseur : un Baskir d'environ trente ans, dont nous avions déjà remarqué la calotte ornée de graines d’Amérique et surmontée d’une pointe d’élain, a été indiqué par ses compagnons; il s’est fait prier un moment, puis, nous ayant salué en ôtant son bonnet, comme pour nous demander notre indulgence, il s’est mis en danse. La musique a redoublé de force, sans changer d’air, car je crois qu'il n’y en à qu’un parmi ces gens. Le danseur, observant très bien la mesure que nous pouvions battre nous-mêmes, a déployé beaucoup d’adresse et assez de.
grâce : il a fait des pas difficiles et dont un ressemblait beaucoup à ce que nous appelons le pas de Basque; il tombait sur une fesse et se relevait sans perdre la mesure; il gesticulait, faisait des mines, souriait, haussait et abais-
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