TARTARES ET COSAQUES
sait les épaules, faisait des mouvements de hanche, et cela en décrivant presque toujours un cercle. La danse finie, il nous à encore ôté son bonnet en riant, comme un bon garçon ; alors nous lui avons donné, ainsi qu'aux musiciens, oies pièces d’argent, et la jte a recommencé. Cela m’a fort amusé. Une foule de Baskirs nous environnait : il paraît que les danseurs et les musiciens ne sont pas communs parmi eux.
Les Tartares sont armé d’un arc très fort et d’un carquois rempli de flèches bien faites: le dard de celles-ci est d'acier et a la forme d’un as de pique. Ils se servent
adroitement de ces armes : nous en avons vu plusieurs qui s’exercaient à tirer et qui avaient pour but deux petits bonnets pointus éloignés lun de Pautre d’environ cent vingt pas; souvent ils latteignaient. Ils ont aussi un sabre, tel qu'ils ont pu se le procurer; il en est de beaux, il en est aussi de très misérables ; la plupart sont turcs ou persans. Le carquois, qui est de cuir, a la forme de ceux des Turcs d'autrefois. Il y a parmi eux quelques cottes de mailles très bien faites et des casques d’une forme asiatique ayant des joues et une queue et portant une cravate de mailles. Ces armures sont très anciennes et n’ont point été faites chez ces peuples; ils les ont eues par le moyen des conquêtes ou du commerce, ou les ont prises dans quelques arsenaux. Quoi qu’il en soit, quand ils sont recouverts, ils ressemblent beaucoup aux anciens Parthes, tels que Le Brun les a représentés dans ses tableaux des batailles d'Alexandre, et je ne suis pas éloigné de croire
qu'ils descendent de cette race guerièrre.
Quelques officiers russes ont acheté, en notre présence, des cottes de mailles, des ares et des carquois, car les Baskirs sont propriétaires de leurs armes et il paraît que leurs chefs ne leur défendent pas de les vendre. Ils aiment l'argent et n’en ont guère, n'étant arrivés que très tard à ’armée et n’ayant pu y faire du butin. L’un d’eux nous a
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fait demander à acheter une montre, disant qu’il la paierait ce qu'on voudrait. M. Le Vert lui ayant fait voir la sienne en or et à répétition, le drôle l’a tournée et retournée, et, montrant son arc et une flèche, a fait entendre qu’un jour il en gagnerait une de cette manière; la montre a été rendue. Cette troupe est à cheval; sa monture est un petit cheval bien laid, mais que l’on dit excellent ; Péquipage en est vraiment baroque.
Les Baskirs sont tous mahhrmétans, et non idolâtres, comme on nous l'avait dit ; ils habitent dans les environs du Caucase. Les Kalmoucks sont leurs voisins. Plusieurs peuplades sont restées insoumises. Celles-ci leur font une querre continuelle.
Nous avons terminé cette visite en allant voir le camp de deux mille Cosaques placé à peu de distance de celui des Tartares. Ces querriers sont généralement beaux et bien faits ; ils ont une mine martiale. Ils sont tous habillés de même. Leurs piques, sans flamme, sont rangées sur deux lignes et à perte de vue, ce qui fait un bel effet. Ils ont presque tous une mante comme celle des Cafres et Hottentots ; le poil, qui est en dehors, est très long; c’est un feutré épais et imperméable à la pluie ; ils en couvrent leur hutte et s’en servent comme de manteaux. Quelques-uns ayant beaucoup d'argent demandent à échanger celui de » France contre de la monnaie russe; il en est qui montrent avec orgqueil les croix qu’ils ont prises à nos gens. Ils sont fiers et hautains.
5. — On attendait la reine de Prusse, mais il paraît qu’elle n’arrivera que demain. On est toujours à la recherche des nouvelles : la paix, disait-on, devait être publiée aujourd’hui et la paix n’est peut-être pas encore | signée ; il faut attendre. Chacun cependant fait ses dispositions pour partir. Tout annonce qu’on ne sera plus ici le 10 de ce mois. Amen.