BEAUTE DU PAYSAGE
pu être évacués;ils partiront demain. Labiau n’est point une belle ville; il doit y régner quelque aisance : jy ai vu un marché de mangeailles bien fourni de tout, et tout s’y vend cuit, jusqu’à la friture de poisson. C’est le Pays au poisson; on n’y vit que de cela; on y est ichthyophage ; on vend du saumon salé et cuit par tranches, de l’anguille fricassée et par troncons. Avec de l'argent on peut, en passant, se procuygr un bon diner. Nous avons eu le nôtre dans une assez bonne maison chez la femme d’un lrompelte prussien, où, parmi une foule d'images, était la gravure de la mort de Louis XVI. On nous a donné aux magasins du bon foin, de l’avoine, de la viande et du pain. Vive Labiau |
Nous nous sommes remis en route à trois heures, par une chaleur des plus fortes. Beau paysage, superbe chemin; On ne saurait voyager plus agréablement. À sept heures et demie nous noussommes arrêtés dans un village où devaient loger quatre cent trente-deux hommes d’infanterie ; nous avons choisi une bonne grange, introduit dans une espèce de cour les voitures, mis de suite les chevaux à la pâture, arrangé notre paille pour coucher, mangé un morceau sur le pouce, fait un tour et pris le bonnet de nuit. À neuf heures et demie, nous étions étendus sur notre paille; nos chevaux passeront la nuit aux champs ; nous couchons tous dans la grange.
12. — J'ai dormi sept heures sans désemparer. J'avais quatre bottes de paille sous moi, un petit plumon, et j'étais dans mon sac avec une bonne couverture. Notre voyage du gîte à Kœnigsberg a été une promenade; le lemps est magnifique et le pays aussi; la route est comme une allée de jardin; nous allons presque toujours au trot et le temps ne me parait pas long, à cause de la beauté et variété des siles, des bois, des lacs et des maisons qu’on ne cesse de rencontrer.
Nous sommes arrivés à Kœnigsberg à midi et demi. La ville est située sur une légère éminence, mais c’est la position du château qui a dù lui faire donner le nom de Mont- RGyal ilest, en effet, sis sur une hauteur; on n’y parvient qu’en Oo MtAUE Je suis logé chez un banquier qui depuis plusieurs mois est à Riga avec ses enfants et n'a laissé dans sa maison qu’une dame institutrice et un commis ; on m'a servi un bon diner; j'aiqun bel appartement ; mes domestiques et mes Chéaus sont bien. J'ai déjà un peu couru la ville, ayant fait ma barbe, n'étant décrassé et habillé, car c’est aujourd’hui dimanche et chacun est brave sur soi. Les dames sont jolies, d’un beau sang, d’une belle santé; elles se mettent avec élégance. Jen aï rencontré des milliers toutes mieux vêtues les unes que les autres ; elles cherchaient à voir Sa Majesté. J'ai rendu visite à M. l’intendant général et suis convenu avec lui de plusieurs points essentiels de notre service. Il a fait excessivement chaud. Les rues de Kœnigsberg sont étroites, irrégulières et horriblement mal pavées; il y a quelques belles maisons, mais en général la ville est mal bâtie et je n’y ai pas encore vu un édifice ni un monument dignes de curiosité.
13. — Dès la pointe du jour, je me suis mis au travail et ai expédié beaucoup de choses pressantes. J'ai vu un petit hôpital dans l’église réformée : il m’a paru bien tenu. La ville est d’une longueur qui ne finit pas : pour aller de chez moi chez M. Mouron il y a trois quarts d’heure et j'ai sué sang et eau, tant le soleil est chaud et le pavé détestable; je n’ai pu faire d’autres visites. La ville est traversée par plusieurs canaux et le Frische-Haff est tout près; l’eau des canaux est brune et presque croupissante ; je ne peux pas ouvrir mes croisées qui donnent sur l’un d’eux sans êlre empoisonné; c’est une odeur palustre, vaseuse, qui soulève le cœur. Cependant on ne dit pas que la santé des
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