‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 198 sur 293 · SERVICE DE SANTÉ DE L'ARMÉE · texte numérisé non relu

SERVICE DE SANTÉ DE L'ARMÉE

Un de nos chirurgiens, devenu officier au 3° régiment de cuirassiers, ayant été sabré et lardé de coups de lance à D indé est arrivé à Kænigsberg comme prisonnier et nous ly avons trouvé. La plus forte de ses blessures est un coup de sabre pénétrant dans l’article du coude et coupant à sa base l’olécrâne; le bras est dur, œdémateux, et Particulation est douloureuse. C’est presque toujours ce qui arrive après ces blessures : souvent elles laissent après elle un gonflement presquesquirrheux et en quelque façon lardacé de tout le tissu cellulaire, lequel cède au temps et aux douches alcalines.

Nous serons obligés de laisser ici M. Ristel-Huber, un de nos chirurgiens-majors, pour une fièvre adynamique dont toutefois j'espère qu’il se tirera.

21 et 22. — Temps excessivement chaud; soleil brûlant; vent du midi; sécheresse absolue. On embarque tout, et il y a au port des richesses immenses en bateaux, grains, farines, vin, eaux-de-vie, rhum, riz, etc.; l’armée en aura un peu; les commissaires et gardes-magasins en auront bien davantage. Quels voleurs ! Il a été sérieusement question de fusiller plusieurs de ces messieurs et quelques directeurs des hôpitaux de Varsovie convaincus de vols, de prévarications, de coquineries de toutes espèces; la paix a changé tout à coup la disposition des esprits, et l’'Empereur, qui voulait qu'ils fussent suppliciés, a oublié cette affaire. Ces scélérats volaient chaque jour près d’une demilivre de viande à chaque malade, sans compter le reste : assassinat lâche, RUPRTE Ra digne de la mort la plus cruelle.

Je laisserai à Kœnigsberg, après l'évacuation dela place, qui aura lieu le 25, MM. Béclard, chirurgien-major ; Baltz et Charbonnier, aides-majors; Boileau, Henri Michel, Lecat, Beuquet, Merché, Poté, Hocquin, sous-aides. Je compte que nous n’aurons guère que quarante blessés intranspor-

tables, tant les ofticiers logés en ville que les soldats se trouvant dans les hôpitaux. On donnera cinq cents francs par mois au chirurgien-major et deux cent cinquante aux autres chirurgiens, outre leurs appointements; sur quoi ils seront tenus de se loger et nourrir. Je crains qu'ils ne soient fort occupés : il ne restera qu’un médecin, homme débile et s’écoutant beaucoup; à la première migraine, il abandonnera le service, qui dès lors tombera à la charge de nos chirurgiens, dont quelq&es-uns seront victimes. La

colonne des morts sera considérable, puisqu'il ne s’agit

que du fond des hôpitaux et des fiévreux reliquataires : on s’en exCusera sur ce que le médecin était tombé malade au bout de quelques jours de service et aura été forcé de livrer le service aux chirurgiens, qui seront présentés par ce nouvel exemple comme très peu propres à remplir les deux fonctions. J'ai exigé de M. Béclard qu’il allàt demander un second médecin à M. Desgenettes. Un de nos chirurgiens, M. Risiel-Huber, restera malade à Kœnigsberg. Nous y laisserons aussi le sous-aide Fimet.

23. — Excellente nuit. La chaleur semble augmenter, le soleil est dévorant. On va évacuer vingt bateaux de malades. Il serait à désirer que ceux de la garde pussent l'être : on nous les a laissés sans personne pour les soigner, ni pour surveiller leur service. L'autre jour je parcourus avec M. Chappe la salle des manœuvres, où ils sont rassemblés au nombre de cinquante-deux : quatre de ces braves gens allaient expirer et les mouches leur dévoraient d’avance les narines et le coin des yeux, c’est-à-dire qu’elles y déposaient leurs œufs par milliers, sans qu’une main charitable les chassät; ce spectacle m'a affligé. La puanteur

de l'hôpital m'a rendu malade. La vue des aliments détes- :

tables qu’on distribuait à ces braves gens m'a indigné. Nos chirurgiens se sont plainis et on va remédier au mal, sans ‘pouvoir réparer celui qui est déjà fait. L’économe est un

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misérable qui s’enivre trois fois par jour; les pauvres ma- . Jades gémissent; point d'infirmiers, point de secours que ceux des chirurgiens, qui ne peuvent tout faire. Le régisseur général, homme probe et bon, n’entre Jamais dans les hôpitaux : voilà une des sources des crimes abominables dont ils sont le théâtre. Mais aussi quel service attendre d'une foule de bandits, d’aventuriers, de banqueroutiers envoyés de Paris par Son Excellence le ministre directeur pour être employés dans os hôpitaux? Peut-on espérer de rencontrer chez de tels gens les sentiments d'humanité, de piété, de délicatesse qui devraient distinguer les hospitaliers ? [ls sont venus à l’armée pour faire des affaires et malheureusement ils ne peuvent y réussir qu’en assassinant les pauvres malades. O race impie ! Sa Majesté les connaît bien; aussi n’a-t-elle voulu entendre parler d’aucun employé des hôpitaux, chef ou subalterne, pour la décoration. Au » resle, c’est dans presque toutes les parties la même chose; on vole parlout avec autant d’audace que d’impunité; les chefs de corps volent; certains ordonnateurs partiront de Varsovie, Wloclaweck, etc., avec un demi-million qu’ils ont rapiné; on vend les magasins; on s'entend avec les fournisseurs, ete.

Mon cher confrère Goercke, premier chirurgien général de Parmée prussienne, est arrivé de Memel tout exprès pour me voir. Cest un excellent homme, de l’âge de cinquante-sept ans, d’une heureuse figure et très bien tenu: il porte en sauloir une large croix de Sainte-Anne de Russie dont l’empereur Alexandre Pa décoré; cette croix est enrichie de diamants et fait un très bel effet; le cordon est ponceau liseré de jaune. J'ai régalé Le bon camarade et Pai présenté à M. Pintendant général. C’est un homme extrémeinent estimable et qui a l'amour et même le fanatisme de son état; on peut dire qu'il est le réformateur ei le patron . par excellence de la chirurgie des armées prussiennes, qui avant Jui était dans l’abjection. Autrelois, sous Bilguer,

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