FAMILLE ROYALE DE PRUSSE
24. — Toujours la même chaleur et la même sécheresse. M. Goercke m'a fait l’amitié de me présenter tous les chirurgiens prussiens présents à Kæœnigsberg; parmi eux étaient plusieurs chirurgiens-majors des hôpitaux; on les reconnaît à la broderie blanche; les chirurgiens généraux l’ont en or sur un drap bleu barbeau comme le nôtre. Nous avons diné chez le papa Gerlach et y avons fait bonne chère. Ce bon vieillard ne parle de Frédéric Il qu'avec attendrissement : je lPai vu, lorsqu'on s’entretenait des malheurs de la Prusse, baiser, les larmes aux yeux, une bague qu’il porte toujours et qui est ornée d’un camée représentant le grand Frédéric. Ce grand homme a laissé une mémoire révérée et tous les serviteurs ses contemporains adorent encore son image et se glorifient d’avoir vécu de son temps. On en veut dans tout le royaume au roi actuel. On rend justice à la reine et il n’est personne qui ne la défende contre les calomnies dont elle a été l’objet. Il résulte des assertions d'hommes sages et bien au fait de la cour qu’elle n’a cessé d’être chaste et sans reproche et que tout ce qu’on a malignement publié de ses liaisons avec Sa Majesté Alexandre est faux et controuvé. L’ami Goercke, qui est toujours dans la famille à soigner tantôt le
oi, qui ne lui a jamais fait le moindre cadeau, tantôt la reine, qui du moins le dédommage par ses témoignages d’attachement, et souvent les enfants, qui appellent papa Goercke ; cet homme honnête et véridique m’a juré qu’il n’y avait pas un mot de vrai dans tout ce qu’on a dit et raconté des amours de l’empereur de Russie et de sa souveraine. C’est un bon ménage que celui de Frédéric; la reine est bonne épouse et bonne mère; elle est économe et son mari est avare ; rien n’est plus triste que leur cour.
Il n’y a rien de curieux à voir à Kœnigsberg. La faculté de médecine est misérable ; les bibliothèques de lPuniversité et du palais font pitié; ce palais lui-même soulève le cœur. Le fameux Kant a troublé longtemps les têtes des
maitres et des écoliers : ce devait être un vilain monsieur; son buste est presque affreux ; les Russes l’ont brisé ou renversé.
Nous partons demain. C’est le 25 que la garnison prussienne reprend possession de la place. Voici ce qui a été décidé par notre Empereur et consenti, comme de juste, par le bon roi Friedrich Wilhelin : le 20 juillet, l’armée française évacuera Tilsit; le 25, elle évacuera Kœænigsberg: le 1‘ août elle repassera la Passärge, le 20 août la Vistule, le 5 septembre lOder, le 1* novembre lElbe, qui servira de ligne d'évacuation.
25. — J'avais arrangé hier mes petites affaires, donné des ordres et rédigé l'instruction nécessaire pour les chirurgiens reslant à Kœnigsberg. Je me suis levé à quatre heures, croyant partir à cinq, mais mes gens n’ont élé prêts qu’à six heures et demie. Le bon ami Goercke est encore venu m'embrasser ce matin. Hier soir il a fait un brouillard puant el très épais, qui est tombé dans la nuit. Il faisait assez frais ce matin, mais à midi la chaleur est devenue presque insupportable et les chevaux ont souffert beaucoup.
À trois heures, nous sommes arrivés à Brandenbourg, ancien berceau de la maison de Prusse, bourgade assez misérable, ou plutôt long et triste village, où l'on ne trouve aucune trace de Îa résidence des anciens électeurs, auxquels il a donné son nom, à ce que je crois. Ce village était encombré de {roupes formant l’arrière-garde : nous n'avons pas voulu nous y arrêter. Deux petites lieues plus loin, nous avons aperçu à droite de la route quelques arbres et nous nous sommes portés de ce côté pour nous reposer à leur ombre. Jamais je ne vis de plus riants bocages : c’est une vallée qu’on peut comparer à celle de Tempé, du moins quand on est las, qu’on a chaud, soif et faim, et qu'on sort de la poussière et du sable. Jai par-
n'irt ide À
D rorna Dai : 0670 à dede k
La ?
ra