‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 202 sur 293 · ÉVACUATIONS FLUVIALES · texte numérisé non relu

ÉVACUATIONS FLUVIALES

cinq cent soixante couchettes; le n° 2 est dans un vaste magasin à sept étages ; le troisième occupe la maison des francs-maçons; celui-ci ne peut contenir que cent vingt . malades, qui sont parfaitement. Il y a aujourd’hui six cents - blessés dans ces trois hôpitaux; on évacue tous les jours sur Dantzig par bateaux ; c’est un moyen commode, mais - qui est mal soigné. Ce soir j'ai vu quatre grands bateaux, … dont un était chargé de Rus3es renvoyés de Dantzig à Kœ-

nigsberg; ces malheureux étaient réduits au pain et à un peu de bière, sans personne pour les assister; j'ai fait donner ordre à la régence de la ville de fournir un chirurgien et trois employés prussiens à chaque bateau qui arriverait et … le pourvoir de linge, charpie, médicaments, vinaigre, eau- … de-vie, pain, riz cuit, pruneaux cuits, et vin ou bière jusqu’à sa destination. Les nôtres ne sont quère plus heureux et … les chirurgiens qui y accompagnent les malades et blessés … souffrent beaucoup. Ces gens, ne voyant qu'eux, les accusent

de leur misère; souvent ils s’oublient jusqu’à la menace - et on a loutes les peines du monde à leur faire comprendre … que les chirurgiens sont aussi à plaindre qu'eux, puisque 5 Padministration les délaisse de même et ne leur donne pas … le quart de ce qu'il leur faudrait pour remplir convenable- … ment leur mission, Ceux qui ont marché avec les bateaux 4 partis dans a nuit n'ont pu obtenir ni vinaigre, ni vin, ni eau-de-vie ; on ne leur a pas épargné le pain, mais le reste était peu de chose. Ils avaient deux employés avec eux : on a vu ces employés disputer aux chirurgiens le droit de 4 participer aux distributions pendant la durée de la naviga: …. tion, triste et misérable ressource sans doute; mais fal- ; lait-il encore qu'un insolent de commis vint en priver mes … collaborateurs ? J'ai dit, une fois pour toutes, que celui qui oscrait élever une pareille difficulté serait ou noyé ou ….bâtonné jusqu’à ce que la mort s’ensuivit, et j'espère que “ la peur fera plus d’effet que les représentations de raison - et de justice.

La chaleur a été extrême aujourd’hui et chaque année, dans cette saison, on en éprouve de pareilles.

29. — Sécheresse complète, chaleur de plus de vinglsix degrés ; à peine peut-on marcher dans les rues, tant les gros cailloux dont elles sont pavées sont brülants.

Le grand quartier général a ordre de se rendre à Berlin et déjà l’intendant général est parti; mes collègues vont s’acheminer de ce côté ; on dit que S. À. le major général a recu ordre de s’y arrêter au lieu d'aller jusqu’à Paris. Le 4° corps restera ici jusqu’au 20. Nous presserons nos évacuations et déjà j'ai désigné les chirurgiens qui devront rester après Le départ de l’armée et la reddition de la place aux Prussiens. Ce sont MM. Thomas, chirurgien-major, déjà chef de l’hôpital n° 1; Pla, aide-major ; Legay, Pavy, Pinet, Dulac, Soleillet et Vila, sous-aides. Je crois qu'il n’y aura guère, le 20 août, que cent vingt blessés ou malades intransportables. Ces chirurgiens seront traités comme ceux que j'ai laissés à Kœnigsberg.

On débite ici des contes absurdes. Celui qui Pest le moins, quoiqu'il soit une lourde bêtise, c’est que la princesse de Saxe a pris la fuite, ne voulant pas épouser le prince Jérôme, à cause de la femme aimable et sensible qu’il a abandonnée. On dit encore que nous allons nous battre contre les Autrichiens : autre balourdise. Après les couvents de nonnes et de capucins, je ne connais pas de lieux où l’on dise autant de bêtises et fasse circuler autant de fausses nouvelles que dans un quartier général qui se repose.

On dit que le thermomètre s’est porté, à Paris, à trente

degrés : il est ce soir à vingt-huit un quart, à Elbing. Les

troupes qui marchent par ce temps brûlant souffrent prodigieusement; la soif les tourmente à tel point que toutes les eaux qu’elles rencontrent leur sont bonnes; la poussière leur enflamme les yeux et la gorge, salit leurs lèvres et les

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