HOPITAUX D'’ELBING
rend méconnaissables. La dysenterie fait des progrès, sans cependant prendre un caractère épidémique. ni contagieux. L’ipécacuanha à la dose de six grains, deux ou rois jours de suite, est le meilleur remède; une teinture de rhubarbe et quelques jours de régime blanc terminent celle qui est récente; l’eau de riz, dans laquelle on fai infuser un peu de chnnvlle et qu'on aiguise d’un peu de jus de citron ou de bon vi réussit parfaitement; le kina en teinture vino-aqueuse consolide la quérison.
La plupart des jeunes chirurgiens envoyés de Paris depuis le 12 mai sont tombés malades. Ce sont des enfants de dix-neuf ans qui n’ont d'autre vocation que de se dérober à la conscription; aussi parlent-ils déjà presque tous de retourner chez eux. Il m’en est venu de Naples.
30.-— Le temps est toujours de plus en plus chaud: on résiste à peine à la chaleur; je crois qu’elle est aujourd'hui de plus de vingt-huit degrés. Tout sèche et grille dans la campagne. La troupe souffre beaucoup.
J'ai vu ce malin les trois hôpitaux, qui contiennent environ douze cents malades. Dans celui des francs-macons sont douze officiers à qui on a fait lPamputation d’un membre et qui tous sont presque guéris; les moignons sont beaux; il ne manque aux amputés de la jambe que
de bonnes béquilles. Ils se sont plaints avec raison d’avoir
passé depuis leurs blessures’ par les mains de plus de dix chirurgiens : rien n’est plus désolant pour un blessé quia
confiance dans son chirurgien que de se le voir enlever.
J'ai beau faire, cet inconvénient se renouvelle trop souvent : il faut le plus qu’il est possible l’éviter. La plupart de nos chirurgiens de Paris sont mauvais ; à peine arrivés, ils demandent de l'argent; ce sont des jeunes gens sans fortune, fils d'artisans et devant l'être eux-mêmes; ils le seraient, en effet, sans la conscription.
31 juillet et1° août. — Toujours la même chaleur, tantôt à vingt-huit, et le plus souvent à trente degrés. Les habitants, accoutumés chaque année, à cette époque-ci, à une chaleur très forte, sont surpris de la force de celle qui règne ; ils disent ne pas se souvenir d’en avoir éprouvé une pareille. J'ai quitté la laine et pris les petits gilets de coton; pendant la nuit, je suis nu, mes croisées tout ouvertes, et encore j'ai très chaud, je sue èt ne dors guère. Nos malades souffrent beaucoup : les amputés ont des élancements douloureux à leurs moignons et sont sujets aux hémorragies nasales; en général, les blessés se ressentent vivement de celte température; le pus des plaies est plus maléolent et les douleurs plus intenses. Les blessés qui ont une fracture de cuisse ou de jambe, ne pouvant changer d’attitude, souffrent beaucoup : j'ai fait placer des cordes au dessus du lit de quelques-uns.
2, — On ne respire qu’à peine, tant la chaleur est intense et la sécheresse extrême. Je m'accommode toutefois assez bien de ce temps-là; le chaud me convient et je me porte mieux en été que pendant l'hiver.
J'ai été voir la grande église catholique, qui est misérable et où je n'ai rien remarqué d’intéressant, si ce n’est un panneau de confessionnal où un peintre fanatique, conduit par un prêtre adroit, a représenté un grand cœur, au milieu duquel est un ange armé d’un balai, qui frotte et nettoie les immondices et qui fait sortir par les oreillettes une multitude de diablotins, dont la grimace est facétieuse. Ce sont les sept péchés capitaux qui dominent au milieu de cette tourbe d’iniquités personnifiées : le diable de la luxure est plaisant; celui de livrognerie n'a pas quitté sa chope ni son verre. Le génie a tant fait à coups de balai que l’intérieur du cœur est net, quoique certains petits coquins de diables, péchés véniels, mais familiers et habituels, aient tenté de se cacher dans ses replis et de se