DYSENTERIE ET ÉPIZOOTIE
- soustraire à la grande détersion. Voilà l’histoire de la con-
- fession.
3. — Pour le coup on n'y tient pas, tant la chaleur est excessive. Je ne puis dormir; on se soutient à peine ; le thermomètre marque en ce moment, à deux heures, trente degrés. La dysenterie fait des progrès ; notre hôte le physicien de la ville est mandé en plusieurs communes pour donner son avis et aviser aux moyens d'arrêter ce fléau ; déjà dans un seul bourg, à trois lieues d'ici, il est mort plus de trente personnes. L’armée ne s’en ressent encore que faiblement; on distribue du vin aux troupes; c’est le meilleur préservatif; la bière nouvelle prédispose à cette maladie en donnant lieu à la diarrhée. Notre docteur se nomme Kobis. Il m'a dit qu’une épizootie désastreuse achevait de ruiner les pauvres habitants en leur enlevant leurs bestiaux, qui périssent en grand nombre d’une péripneumonie éminemment inflammatoire ; il attribue cette maladie aux fatiques excessives qu'ont cssuyées ces ani- - maux pendant les corvées et les réquisitions: la même | cause à beaucoup contribué aux maladies, et particulièrement à la dysenterie, qui infestent les maisons des pauvres habitants.
Deux de nos hôpitaux sont bâtis en bois et en plâtre ; la » chaleur y est extrême. Les mouches tourmentent horriblement {ous nos blessés et nos malades; on leur donne … tous les matins un rameau de verdure pour les égayer et - pour chasser ces insectes incommodes ; j’ai vu à l'hôpital … du gymnase, qui est Le plus considérable, une branche de « noyer sur chaque lit et ai eu peur que les malades n’en … fussent incommodés, ce qui n'est pourtant pas arrivé. Nous buvons beaucoup de bon vin blanc et prenons du . café deux fois par jour. Les boissons aqueuses et acidulées - et le régime rafraîchissant nous tueraient bientôt, tant la chaleur dispose à l’ataxie, à la dégénérescence des hu-
meurs, aux sueurs excessives et à une sorte de coliquation.
4. — Le temps est enfin rafraîchi; nous avons eu de la pluie ce malin, mais en petite quantité; le soleil ne se montre pas; le temps est équivoque; il est vraisemblable que nous aurons de l'orage. À midi nous partirons et dirons adieu à la ville d'Elbing.
Nous sommes partis à midi et demi. J'ai à ma petite voiture trois petits chevaux de paysans qu'il faut fouetter, mais qui vont passablemeñt. La route d'Elbing à Marienbourg est superbe pendant l’été; en hiver, elle doit être impraticable; elle coupe l’île de la Nogat et traverse une campagne humide, pleine de fossés pleins d'eau et couverte de prairies basses. On ne saurait se faire une idée de la fertilité de cette île, si riche et si abondante en toutes choses que la rapine la plus affreuse n’a pu encore depuis huit mois l’épuiser; on en a tiré des bestiaux sans nombre qu'un commissaire des guerres, appelé Claude, séant à Marienbourg, n’a pris que pour deux quintaux chacun, tandis que la plus chétive vache en pèse trois et demi; on en a tiré des milliers de chevaux, dont la plus grande partie était de race; le blé, les farines, l’avoine, le fourrage, tout a été enlevé de ce beau pays, et cependant on y trouve encore à vivre; la grosse cavalerie y a été cantonnée pour l’achever. Quelles moissons j'ai vues! Le
seigle a près de six pieds de haut; on fauche l'orge et à .
peine le terrain peut-il contenir les tas de gerbes qu'on y a recueillies; les foins sont amoncelés dans les prairies ;
les braves cultivateurs n'ayant plus ni chevaux ni cha-, riots, il leur sera peut-être difficiie d'emmener ces riches.
denrées. Le chemin m’a paru très court au milieu de cette.
belle campagne, où l’on trouve des villages charmants. Nous sommes arrivés à cinq heures à Marienbourg.
J'ai vu l'hôpital que j'ai trouvé dans le même élat
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où je l’avais laissé il y a deux mois. Ce sont les mêmes
gens qui l’administrent : un misérable directeur, banqueroulier, gueusard, voleur, ivrogne, digne d’être noyé ou pendu, et un commissaire provisoire, sujet détestable, sans pudeur, sans retenue, pillant, volant avec autant d'impunité que d'audace. Voilà, en général, les gens qu'on a mis à la tête des hôpitaux. M. Affré, chirurgienmajor de celui de Marienbourg, y fait bien son devoir : plus hardi que les commandants qui n'ont osé “réprimer les deux misérables que je viens de désigner, il leur tient tête et ne les rend que plus dissimulés.
L'ancien château des Templiers ou Teutons de Marienbourg, où est l’hôpital, est une chose curieuse; on en a détruit les fortifications et cet immense édifice est converti en magasin de blés pour la navigation de la Vistule. Dans une chapelle enfoncée, qu’on a conservée pour l'usage des catholiques, est un caveau dans lequel nous sommes descendus avec de la lumière et au moyen d’un bon escalier de pierre. On y trouve quinze ou seize cercueils contenant aulant de cadavres, dont la plupart sont ceux de jésuites revêlus d'habits sacerdotaux. Un seul appartient à une femme encore parée de ses beaux habits et ayant un chat à ses pieds, lequel a dù y être mis mort et peut-être empaillé, car on ne l’y eût pas enterré vivant ; les bras et les mains de celte femme sont bien conservés; la tête est dans un état de momification; les vêtements, qui sont de soie, sont dans leur intégrité ; la robe est garnie d’une très belle dentelle qui pourrait encore servir. Au fond du
caveau sont deux magnats polonais ayant le costume du
pays, c’est-à-dire une grande robe de soie avec une ceinture, des brodequins, etc. En général, ce lieu qui est frais, mais très sec, a la propriété du cimelière des Cordeliers de Toulouse ; les corps s’y dissolvent très lentement et même s’y momifient. Je crois que les têtes des cadavres que nous y avons vus avaient élé arrosées de chaux vive
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au moment de l’inhumation, car c’est la seule partie qui soit détruite; les autres tiennent ensemble, ont conservé leur peau, ont encore de la substance et le corps séparé de la tête pourrait être enlevé d’une seule pièce. Les bières, qui sont tapissées extérieurement de soie, portent des dates peu reculées; celle d’un jésuite porte celle du 17 novembre 1785.
Dans le même caveau, près l'autel, est un puits dans lequel on descend avec une bonne échelle qui y reste toujours. Je n’ai pas voulu y descendre. Ce puits mène à une chambre remplie de cereueils comme celle dont je viens de parler; mais de cette chambre on descend dans un autre puits profond, au fond duquel est un évasement rempli d’ossements. Il paraît qu’autrefois c'était la sépulture des chevaliers; cependant on a eu beau remuer le sable, on n’y a pas trouvé d’armures, qu’on se fût fait un plaisir de m’offrir.
5. — Nous sommes partis à sept heures par un temps déjà chaud. J'ai vu en passant l’hôpital de Dirschau, que j'ai trouvé en bon état. Nous sommes arrivés de bonne heure à Dantzig, ayant excessivement chaud et un peu incommodé de deux verres d’eau bourbeuse que j'ai bus en chemin. On m’a bien logé.
6. — Presque pas de sommeil, tant il a fait chaud et tant ces maudits lits de plume échauffent. J'ai visité ce matin les hôpitaux. Celui de l'arsenal est superbe; je doute qu'il y en ait Jamais eu un aussi beau; chaque salle, bien éclairée et pavée, contient quatre rangs de plus de soixante lits uniformes ; il sera facile d’y établir des poêles pour lhiver. L'hôpital dit Orangebaum est un grand magasin sans vitres, mais bien ouvert et où les malades ne sont pas mal; à côté est la Maison Rouge, où ils sont horriblement; plus loin est une corderie, où il y a un
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