‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 205 sur 293 · HOPITAUX DE DANTZIG · texte numérisé non relu

HOPITAUX DE DANTZIG

seul rang de lits sous la tuile et par conséquent dans une fournaise. Les malades souffrent extrêmement de la chaleur ; il est urgent de supprimer ces deux derniers hôpipitaux, dans lesquels la mortalité est effrayante ; je parle de celle des fiévreux, car il n’existe pas de blessés dans ces détestables hôpitaux et, en général, il en meurt très peu dans la ville de Dantzig. Il est vrai que les chirurgiens y font bien leur devoir, qu’ils connaissent leur état et ne négligent rien pour sauver leurs malades. Depuis quinze

jours la gangrène humide leur a donné beaucoup à faire :

ils la combattent avec succès avec les acides minéraux pris intérieurement, ainsi qu'avec le kina, les amers et le vin ; ils emploient extérieurement les décoctions amères, les

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bochets de kina, les fomentalions d’écorces de chêne,

Papplication du vinaigre camphré, des tranches de citron,

de la poudre de charbon seule ou mélée avec les cataplasmes ou quelques poudres sèches, surtout celle de kina ; le charbon pilé appliqué à nu irrite quelquefois trop: il convient d'en modérer Peffet en le mêlant avec d’autres substances; les tranches de citron saupoudrées de poudre de charbon font beaucoup de bien. Il y à, tant à l'arsenal que dans les autres hôpitaux, deux mille sept cents malades: chaque jour il en périt douze ou quinze. Au faubourg d’Ohra, il y a cinq maisons dans lesquelles on traite quatre cents

. vénériens; dans la suite, lorsque les deux cent soixante-

dix Russes qui sont au fort Wasser en seront partis, on y établira les vénériens, ce qui sera plus commode et plus décent pour le public. Au reste, il faut faire partir les huit

cents malades qui remplissent la corderie, la Maison Rouge

et le n° 395 ; ils sont de trop.

7 et 8. — Impossible de dormir : la grande chaleur en est cause et par-dessus cela une diabolique crécelle, qui

de demi en demi-heure passe et repasse, faisant un sabbat

d'enfer; je suis nu une partie de la journée et à peine

puis-je y tenir. Jai passé en revue tous mes chirurgiens présents à Dantzig : sunt boni mixti malis; en général, ils font bien leur devair et on est très content d’eux. Je partirai demain sans faute pour Schüneck, où je remonterai peut-être mon équipage. On parle de guerre avec l’Autriche et de paix avec l’Angleterre.

9. — On sue sang et eau : j'étais mouillé ce matin en m’éveillant comme si je fussé sorti d’un bain; je m'étais couché à minuit et à trois heures je ne dormais déjà plus. Mes affaires ont été prêtes en bien peu de temps et cependant nous n'avons pu partir qu'à six heures. Il n’y a pas de glace à Dantzig; on n’y connaît pas le plaisir de boire frais ; il est vrai qu’on n’y boit guère d’eau et qu’on se rafraîchit avec de la bière et du vin qu’on va chercher à la cave.

I y a dix lieues du pays de Dantzig à Schüneck, et l’on traverse des campagnes arides, sans culture ni valeur, ainsi que de tristes villages. Nous ne nous sommes arrêtés que pour nous régaler d’eau fraîche, à une source dont j'ai découvert le ruisseau. Quelle volupté! Depuis longtemps je n'avais bu de la si bonne eau. Schüneck est une petite ville de mince aspect, entourée d’une vieille muraille et ayant de vasies plantations de pommes de terre. Nous avons diné avec nos provisions et je ne crois pas avoir jamais tant bu qu'aujourd'hui : il a fait chaud comme dans un four. À quatre heures, j’ai vu passer l’enterrement d’une femme protestante : la bière, très bien faite et entourée de festons de mousseline blanche, était portée sur un grand brancard par douze hommes vêtus de noir qui marchaient lentement et en mesure, pendant que des enfants et deux maîtres d’école chantaient des hymnes allemands. Je me suis aperçu que les Polonais catholiques, furieux et stupides, se moquaient du cortège et des chanteurs ; pendant que la morte s’en allait tristement occuper

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