J'ai sué cette nuit et médiocrement dormi. Il
» faisait frais, quand nous sommes partis : j'ai été obligé de
mettre ma redingote ; mais à dix heures la chaleur a
- recomimencé aussi fort qu'hier. Le chemin est très mau-
vais, toujours du sable et des déserts, excepté aux environs
d’un bourg et de deux villages que l’on rencontre sur la route. Un bout de celle-ci est bordé d’acacias ; en général, cet arbre est bien cultivé dans la Nouvelle-Marche; on en « voit partout, devant les maisons, le long de quelques che- « mins et même dans les bois. Le sorbier des oiseaux est encore plus commun; on le trouve partout et il en est d'une grosseur énorme. Cet arbre, beau en fleurs, est superbe en fruits : voici sa saison; ces peliles poires d’un rouge rutilant et phosphorëscent tranchent admirablement sur le beau vert du feuillage. Tandis que des orages affreux ravagent l’Europe, et particulièrement la France, on n'entend pas ici un coup de tonnerre; point de pluie: peu de nuages; c'est qu'il n’y a pas de montagnes et qu'il s’y trouve beaucoup de canaux, de fleuves et de rivières. Il ne paraît pas que l’épizootie ait fait des progrès dans la Prusse : j'ai rencontré de très beaux troupeaux depuis quinze jours; les vaches y sont superbes et le mouton y est excellent; aussi en mange-t-on beaucoup dans cette saison. Jamais on ne vit tant de mouches: les chevaux en sont horriblement tourmentés. Muncheberg, « où nous sommes arrivés à midi, est une ville assez ordinaire : toute l’armée y a passé dans le mois de novembre; « toute l’armée, ou peu s’en faudra, y repassera, et cepen-
dant les habitants se soutiennent encore. Il y a à Muncheberg une tour bâtie en briques, qui est très élégante et parfaite- 4 ment conservée ; elle est du douzième siècle.
24. — Arrivé à Berlin à une heure, par une chaleur presque égale à celle d’un four. Le thermomètre de mercure exposé au soleil a donné quarante-six degrés, à ceque « soutient Boisard, pharmacien principal; à l'ombre, il en marque trente. Je suis magnifiquement logé, dans la. grande rue, chez M..., en français Esprit; mon salon est orné de beaux tableaux, qu’on avait cachés au grenier, et, par l'effet de la confiance que j’ai inspirée, on les a des-