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DÉTRESSE DES CONVOIS

digue assez puissante à ce torrent qui menace d’entraîner

la moitié de l’armée, mais où le placer ? Je ne vois que la Bourse; c'est le seul bâtiment qui convienne; le fort Trompette est inhabitable et les grands édifices manquent en celte belle cité.

Point de chevaux de poste : ils sont retenus pour le prince de Neufchâtel et pour Sa Majesté. On m’a procuré des mulets que j’ai fait enharnacher ; un soldat du train des équipages me conduira ; j'irai coucher à huit lieues de. Bordeaux.

Jusqu'à Bazas la route est assez belle. Cette antiquaille de ville n’offre aucune ressource pour recevoir des malades. À quelques lieues d’elle commencent les petites landes : pays affreux, désert effrayant; chemins de sable à périr, bêtes et voiture. J'ai rencontré des colonnes de cent chariots basques, ou brouettes traînées par deux bœulfs, portant quatre ou six malades entassés les uns sur les autres, et conduites par des paysans en sabots, couverts de peaux de moutons ou ayant une espèce d’habit de moine, d’un gros drap brun, à capuchon ; ces paysans ont le baret sur la tête ; ils ne se servent pas de fouet ; un long bâton ayant une pointe de fer à son extrémité leur suffit, avec certains cris, pour diriger et faire marcher leurs bœufs.

Ce n'est qu’à Tartas que les pauvres malades trouvent un gîle, et quel gîte ! Là est un chirurgien de l’armée qui en a soin pendant la nuit qu’ils passent en cette ville. Comment vivent-ils le reste de la route? C’est ce que j'ignore. On trouve de temps en temps des femmes qui vendent des châtaigues cuites, qu’elles distribuent à bon marché; on en achète ; ceux qui ont quelques sols en donnent à leurs camarades qui n’ont pas d'argent ; il y a aussi, de loin en loin, des marchands de pain, et voilà comme les malades évacués ne meurent pas de faim en chemin. Il est vrai que ces aliments ne conviennent pas à tous ; mais, à défaut d’autres, il faut bien qu’ils usent de ceux-là.

Quoique marchant avec la troupe, j'ai eu le bonheur d’être toujours passablement couché jusqu’à Bayonne. À Dax, j'ai vu lhôpital établi, assez mal, dans un ancien couvent qui déjà avait servi à cet usage pendant la premicre querre d'Espagne : il y avait quatre cent cinquante malades, qui n’y sont pas bien, parce qu’on n'a encore donné que cinq mille francs pour cet établissement, qui en exigerait trente mille. Les officiers de santé y sont en grand nombre. Les eaux de celte ville ne sont que thermales ; leur chaleur est de vingt-cinq à trente degrés ; elles appartiennent à des particuliers et ne peuvent être uliles ou du moins appliquées aux militaires malades.

J'ai découvert à Bayonne M. Delessale, ancien chirurgien-major du régiment de la Couronne, qui m'a hébergé avec soin, prévenance et amitié. L'hôpital de cette place ést sur un assez bon pied, mais encombré et forcé d’évacuer sans cesse. La ville regorge de monde; tout y est hors de prix. J'ai vu huit cents prisonniers espagnols dans une frégate qui leur sert de prison; ils sont insolents et bêtement orgueilleux. Sa Majesté, que j'ai rencontrée cou rant à bidet dans les sables des Landes, est partie de Bayonne le 4; je ne pourrai la joindre qu’un peu tard, heureux d’avoir mes deux bons mulets et mon garçon Picard, qui les mène très bien. J’ai vu les carrosses des maréchaux Lannes et Soult attelés de six bœufs ne faisant que sept lieues en quinze heures dans les sables.

Le 8, je suis arrivé à run, première ville d'Espagne. L’alcade, chez qui j'ai été logé, m’a reçu froidement et ne m'a pas offert un verre d’eau; heureusement que j’ai fait à Bayonue ma provision de soupe à Poignon; nous avons bien soupé, mon Picard et moi, avec deux cuillerées de ma composition délayées dans deux bouteilles d’eau bouillante, auxquelles nous avons ajouté force feuilles de pain. Je ne dois pas oublier de dire qu’en passant à Saint-Jeande-Luz j'ai vu chez le commissaire des guerres, qui est

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