‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 23 sur 293 · INTRODUCTION LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXI

temps, les égards du souverain prirent du reste un caractère de bienveillance plus prononcé : à Tilsit, l'illustre chirurgien n'était pour l'Empereur que M. Percy; quand nous le retrouvons en Espagne, il est devenu mon cher Percy; Napoléon plaisante volontiers avec lui, comme le jour où il lui demande s’il veut se faire chartreux; plusieurs fois il l'admet à lui tenir compagnie pendant qu'il déjeune. On pense bien que Percy n'omet pas de consigner dans son journal les marques d'intérêt qu'il recoit du maître ; il s’en montre légitimement fier et la reconnaissance le porte à adresser aux journaux des communications empreintes d'un véritable enthousiasme. Ces notes aident à comprendre l'ascendant que Napoléon exerçait sur tous ceux qui l’approchaient : il est telle conversation qui semble sténographiée, tant les moindres détails en sont fidèlement reproduits. Au surplus, le captif de Sainte-Hélène n'oublia pas son vieux serviteur; il lui légua, par un codicille du 24 avril 1821, la somme de cinquante mille francs; il le chargea en outre, par le même codicille, de dresser avec Cambronne, Larrey et Émery l’état des soldats mutilés ou grièvement blessés à Ligny et à Waterloo. |

Ce qui contribue à rendre la lecture du journal des campagnes de Percy attrayante, c'est la place qu'y tient la description des contrées traversées par l'armée. Il est'également curieux de

. noter les jugements portés par le savant membre de l'Institut

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sur les peuples chez lesquels il a vécu. Les Polonais lui inspirent peu de sympathie ; il garde visiblement rancune aux pauvres popoliskos des maux qu'il a soufferts dans leur pays; la Pologne est d’ailleurs infestée de Juifs et la repoussante malpropreté de ces derniers l’écœure. Il plaint, en revanche, les habi-

tants de la Souabe et du Wurtemberg ruinés par les passages

de troupes ; après la campagne de 1805, leur infortune lui avait même arraché un souhait que l'unité allemande n’a que trop réalisé de nos jours : « Heureux ces peuples, avait-il écrit, lorsqu'une confédération solide et imposante leur permettra de jouir pour des siècles du frait de leurs travaux et de leur indus-

trie (1)! » S'il applaudit au châtiment infligé aux montagnards suisses qui ont fait périr des prisonniers français dans d'atroces supplices, il ne méconnait pas la légitimité deleur prise d'armes, car il proclame dans un autre écrit qu’ils combattaient (le mot est à retenir) pour leur juste défense. D'accord avec tous les contemporains, il note qu'avant l’entrevue de Tilsit les officiers de la Grande Armée frayaient volontiers avec les Russes, maïs ne regardaient les Prussiens que comme des fanfarons. En Espagne, il fait l'éloge des routes des provinces basques ; les laboureurs des environs de Valladolid lui paraissent très supérieurs aux paysans français sous le rapport de l'instruction; on voit qu'il a été frappé de l'aspect de ce pays où, comme il le dit ailleurs, « le plus misérable Espagnol continue de se draper comme un personnage consulaire, dont il affecte d’ailleurs le silence et la gravité (2) ». L'aversion du peuple pour les envahisseurs ne lui échappe cependant pas, et il observe que, tandis qu'après Iéna le théâtre de Berlin regorgeait de spectateurs, comme si l'armée prussienne n'était pas anéantie et la cour en fuite, aucun Madrilène n’assistait à la revue passée par Napoléon. Quoiqu'il

soit, en général, mal disposé pour les moines, en qui il voit avec

raison les ennemis déclarés de la domination française, son bon sens le préserve d'ajouter foi aux histoires colportées sur leur compte, etil ne croit pas aux prétendues victimes de leur lubricité. Au reste, les excès commis par nos soldats dans la péninsule le

révoltent ; il s’indigne de voir les églises et les monastères mis

au pillage, et ce fut vraisemblablement pour les soustraire à d'odieuses profanations qu’il racheta les riches ornements dont il fit don à l’église de Montagney. N'’était-ce pas dans cette église que sa vieille mère priait matin et soir pour ses jours, ainsi que l'atteste le passage suivant d’une de ses lettres à l’aînée de ses sœurs : « J'exige, ma chère Charlotte, que vous copiiez ou fassiez copier lisiblement l'oraison des neuf chœurs des Auges et

(1) De la santé des troupes à la Grande Armée, p. 21. (2) Mémoire sur des espèces d'amphores, dites tenajas, usitées de tout temps en Espagne, p. 2. |

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