‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 232 sur 293 · BATAILLE SOUS MADRID · texte numérisé non relu

BATAILLE SOUS MADRID

. elle les conduira jusqu’à Madrid; le capitaine amputé m'a paru bien fatigué de son transport.

| Avant de partir de Buitrago, jai vu nos blessés de la 1 ligne. Le canonnier qui a eu la jambe gauche fracturée par un biscaïen, et ensuite le pied froid et gangrené, se mourait. Le soldat qui avait recu un coup de feu dans le bas-ventre avec lésion des intestins et de la vessie commençait à rendre son urine par l'urètre et était allé une ; fois à la selle, quoique l’une des plaies eût manifestement fourni des excréments et de l'urine; il guérira et ce sera un prodige de plus dans ce genre.

On ne peut faire cinquante pas sans rencontrer un - cheval mort : les changements de nourriture et l'abus du . grain sont Îles causes de cette mortalité. Les équipages - dépérissent, se dépeuplent ; il périt peu de mulets, à moins À qu'on ne les surmène et nourrisse mal ; la paille brisée et - l'orge conviennent beaucoup aux miens.

: À neuf heures du soir, le canon se fait entendre à force du … côté de Madrid; on dit même qu’on a entendu la fusillade.

3 décembre. — Toujours des nuits froides, avec gelée . assez vive, et journées délicieuses. J'ai dormi jusqu’à . ; quatre heures ; c’est le canon qui w’a éveillé. A sept heures, 1 Je suis parti. La route n’est que tracée, mais elle est bonne. + Le canon tire à force. Après avoir fait la moitié du chemin - par un temps charmant, J'ai pris mon cheval, Pai monté, - et ma voiture est restée dans un village en attendant. Je suis arrivé au grand trot, dirigé par le bruit de l'artillerie et de la mousqueterie; je n’ai pas mis plus d’une heure pour faire trois grandes lieues. De loin j'ai vu les innom- . brables clochers et flèches de Madrid; je me suis approché * et ai pu observer le feu d’enfer qui se faisait de part et d'autre. On m'a dit que les insurgés se défendaient avec fureur ; qu’ils tiraient par les croisées, par les créneaux, par des milliers de trous ouverts dans les murailles des

Lt Maure

es

maisons et de la ville, et qu’ils avaient poussé l’effronterie et l’audace jusqu’à demander pour otage notre Empereur ; de mes oreilles je les ai entendus criant : Viva Fernando VIT! Mierda por l'Emperador tirano ! Ces forcenés agaçaient par ces brutales injures nos soldats, qui leur répondaient à coups de fusil et de canon; chacun d'eux porte à son col ou autour de son chapeau un ruban rouge ou vert avec l'inscription Viva Fernando VIT!

Ayant rencontré de nos chirurgiens, ils m'ont mené à l’'ambulance de première ligne, placée dans une superbe maison très près du feu; j'y ai trouvé M. Baudry avec sa division et environ soixante blessés. L’ambulance de deuxième ligne est à Saint-Martin (1), à une lieue en arrière ; celle du 1° corps est à la gauche; il y a eu heureusement très peu de blessés. Sa Majesté a demandé après moi : M. Larrey a fait dire que le service était en sûreté et que je n'étais pas loin. Je me suis présenté au prince de Neufchâtel et au grand-maréchal; l'Empereur m'a vu et tout s’est bien passé; ils sont bien persuadés que c’est moi qui ai assuré et arrangé le service. Je leur ai parlé du général Maison qui, commandant les tirailleurs, a recu un coup de feu dont la balle a percé le pied droit et

fracturé le troisième os du métatarse; du lieutenant-

colonel du 17° dragons, qui a reçu un coup de feu à la tempe droite avec fracture et perte de la balle dans la tête; enfin de différents blessés qui pouvaient intéresser les autorités. On dit le général Bruyère mort et tué, ce qui n’est que trop vrai. Nous n'avons pas eu une seule ampulation ; il y a eu quelques fractures de jambe et de cuisse ; un fourrier du train d'artillerie de la garde a reçu le même coup que le lieutenant-colonel du 17° dragons. C'est ici le

moment de dire que M. de Ségur, laissé à Buitrago avec.

un coup de feu dans le bas-ventre, est dans l’état le plus

(4) Chamartin.

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