BOUQUET OFFERT A DUROC
. fâcheux; M. Ribes est resté près de lui. J'ai vu un soldat qui a été blessé d’une balle qui, entrée sous la clavicule, . est sorti sous l’angle postérieur de l’'omoplate. Cet infortuné est très souffrant ; sa face est décomposée; elle est devenue jaune et terreuse et l’œil est d’un blanc de porce- Jaine; il a perdu beaucoup de Sang ; il ne peut ni se coucher, ni rester debout.
J’ai lieu d’être content de, ma journée, quoique je fusse arrivé un peu tard. J’ai vu des officiers supérieurs espagnols faits prisonniers, qui causaient avec M. Duroc. M. de Castellar, général espagnol, étant venu parler à Sa Majesté, lui a dit que tous les honnêtes gens de la nation élaient disposés à la recevoir; mais que la populace soulevée et égarée était en force majeure et ne voulait entendre à aucun commandement ; qu’il allait retourner à Madrid pour haranguer de nouveau ces forcenés, qui le fusilleraient sûrement, mais qu'il ferait son devoir : il parait que l'Empereur l’a bien reçu. Si ce grand homme voulait, en une heure il serait maitre de Madrid, mais il veut vaincre et pardonner ; il désire épargner les habitants de la capitale et il attendra l’effet de ses propositions. Il y
à eu une trêve de trois heures ; le feu a diminué par degrés
et à cinq heures on l’a cessé tout à fait; demain nous arriverons à Madrid.
dl re 46
4. — La plus belle nuit du monde ; un peu de brouillard ce matin, ensuite le plus beau soleil de la nature : dans le mois de juillet, il n’est ni plus chaud, ni plus brillant dans notre pays. Nos pauvres blessés ont eu bien froid celte nuit. Je me suis avisé, me promenant dans le beau jardin derrière la maison, de faire un gros bouquet d’œillets, de roses, de violettes, de violiers, etc., et de « l'envoyer à M. le maréchal Duroc par deux de nos blessés, - qui lui ont recommandé eux et leurs camarades blessés
hier. Son Excellence les a bien accueillis, les a remerciés
À ; D sal … : 44 ad. RASE Ce. se gd à à dei oée de 2 À tdi ie nadia ix de ds nai db did a à dopage ne on VS dé D Ed dE
€ de leur beau bouquet, et leur a dit qu’il allait parler en
leur faveur à Sa Majesté pour en obtenir une gratification. Nous verrons ce que cela deviendra. On parle de la reddition et de notre prochaine entrée dans Madrid.
En allant voir les retranchements des Espagnols, nous sommes entrés dans une espèce de temple tout neuf, ayant une cour et étant orné d’un péristyle de quatre belles colonnes de granit gris du pays. C’est une rotonde d'un bon goût : l'autel est tout entier de marbre ; dans la cour et sur les côtés sont des fours distribués en quelque façon comme les niches d'un colombier; ce sont autant de sépultures que sans doute on devra acheter; il y a des fours pour trois corps. Le terrain est divisé en carrés longs numérotés : c’est pour le peuple qui n’aura pas le moyen de payer un four; voilà du moins ce que je présume. Cet édifice est un hypogée. Je pense que le couvercle de chaque four sera orné par la douleur ou la vanité.
A trois heures, nous sommes entrés à Madrid. J'avais avec moi huit chirurgiens bien montés et marchant deux à deux. Nous avons été voir le grand hôpital, qui est un bâtiment immense et assez bien distribué; on pourrait le comparer à l'hôtel des Invalides; les corridors en sont
aussi beaux. Nous y avons trouvé vingt-quatre blessés
francais, qui attendaient avec crainte et impatience leur délivrance. Les pauvres chirurgiens qui étaient restés à Madrid après la retraite ont été envoyés avec [es convalescents et autres Français sur les derrieres de l’armée des insurgés, qui, au surplus, ne leur ont pas ôté la vie, comme on avait lieu de le craindre.
J'ai pris avec le frère infirmier en chef des mesures pour que demain ou ce soir on püt recevoir les cent blessés
que nous avons, tant à Saint-Martin que près la ville, dans |
la maison de campagne où nous couchons. Aucun Français n’était encore allé aussi loin dans Madrid depuis la cessation du feu, Nous avons fait plus, nous avons traversé
ETS NOT ER