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PRET A SPRRO PIQUE
SOUFFRANCES DK L'ARMÉE #45
Nous sommes partis par une petite pluie qu’un assez beau soleil a terminée; le padre mayor, avec ses culottes de peau de mouton noir, et la padrona de la casa ont voulu nous accompagner à un demi-quart de lieue pour nous montrer le chemin; le premier s'appelle Michel Cano; nous nous sommes serré les mains et dit adieu. La traverse est affreuse par leffet de la pluie et les voitures
ne peuvent s’en tirer; il ywa des ornières à enterrer un
cheval et la terre est grasse et tirante à l’excès ; les équipages sont ruinés. Celle campagne ressemble à celle de Pultusk ct coûtera aussi cher en hommes et en chevaux ; pour comble de malheur on a manqué les Anglais, qu'on élait venu bloquer; quinze seulement ont été pris. Après avoir cheminé jusqu’à une heure par la boue et dans une vaste plaine ensemencée de blé et entrecoupée par quelques vignes, nous avons vu Rio-Seco placé sur une montagne de sable, offrant un misérable aspect, ayant des murs de sable et de tristes faubourgs. Cette ville, qui était riche, a souffert beaucoup le 14 juillet, lors du combat livré aux Espagnols par le maréchal Bessières qui, après une espèce de victoire, fut forcé de se retirer; elle a de belles maisons, d'assez belles églises; mais le séjour de l’armée a achevé la ruine générale. |
Il y a un hospice tenu par trois frères de Saint-Jean de Dieu; il regorge de malades qui sont mal. Les maladies régnanles sont les fièvres catarrhales, les toux, les points de côlé; c'est un médecin et un chirurgien civils qui font le service; j’y mettrai demain des chirurgiens de l’armée. La quatrième division du sixième corps reste dans la ville ; on dit que les denrées n’y manquent pas, mais tout est dans le désordre et les manutentions vont mal.
Dans la route plusieurs soldats sont morts dans la boue. Le soldat n’a plus de souliers; il est changé à ne plus le reconnaitre. Les Anglais se sont échappés. Voilà une expédition manquée; ils reparaitront sur un autre point et
en les poursuivant nous achèverons d’anéantir l’armée, qui depuis son départ de Madrid est affaiblie de moitié. Sa Majesté est à Valdera à sept lieues d’ici, en passant par Aguilar.
A l'instant le général Dessolle me communique un ordre qu'il vient de recevoir portant qu'il doit partir sans délai pour se rendre avec sa division à Benavente, où sera le quartier général; ainsi onene peut plus douter de notre voyage à Lisbonne.
31. — Toule la troupe est partie dans la matinée; il ne reste qu'une très faible garnison; je passerai pourtant la journée ici et attendrai ma voiture, qui me donne beau coup trop de souci. Je n’ai ni linge, ni habits, ni chapeau: tout est dans cette malheureuse carriole, que je ne reverrai peut-être jamais; si, arrivée à Torre, elle a pris le chemin à droite, c’en est fait d'elle. La plupart de celles qui on! suivi ce chemin à peine praticable pour les gens à pied et à cheval y ont péri; un cantinier de la garde y a perdu la vie; plusieurs conducteurs de voitures y sont restés dans la boue; des soldats y sont morts; le 55° régiment a perdu de cette manière cinq soldats; les autres ont fait de pareilles pertes.
Le temps est brumeux et froid. Quel dommage d’être en un si triste pays le jour de l’an, loin de tout ce qui nous est cher en France! Mais il faut subir son sort. On m’a prêté une chemise, pendant qu’on lave la mienne : si ma voiture a péri, je serai nu comme un pauvre misérable.
J’ai fait transporter les maladcs de l’hospice au couvent des capucins, maison superbe, vaste, qui à déjà servi d'asile aux malades français et dans laquelle le 14 juillet plusieurs religieux furent lués par eux. Le même jour d’autres moines périrent dans les autres couvents; la ville fut jonchée de cadavres et dévastée; elle s’est remise depuis. Le couvent des franciscains avait été épargné;
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