‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 243 sur 293 · UN BACHELIER DE SALAMANQUE · texte numérisé non relu

UN BACHELIER DE SALAMANQUE

crainte. Ces hommes ne sont ni méchants, ni vindicatifs ; ce ne sont pas des fainéants, comme dans la Castille; ils sont agricoles, occupés et laborieux. Aguilar est au milieu d’une plaine immense toute ensemencée de blé et d’un bon grain de terre. Les habitants nous ont dit que les Anglais, au nombre de dix mille, avaient passé chez eux il ya douze jours et qu'ils avaient pillé, mais moins que les Français. Sa Majesté, qui a couché dans ce lieu, a dù être témoin de son désastre, mai®de minimis non curat… et il faut que le soldat vive.

Nos chevaux sont bien. Demain nous ne ferons que six lieues. J'espère que nous reposerons bien. J'ai eu du cha-

grin aujourd’hui et, battu par la bise et le froid, j’ai fait des réflexions.

3. — dJ’ai été content de ma nuit et de mes hôtes : les bonnes gens ont fait pour nous tout ce qu'ils ont pu et, soit peur, soit politesse, ils nous ont procuré plus que nous ne devions attendre d’eux dans une maison désolée ; il est vrai que nous nous étions procuré des pois et de la viande de cochon et que nous avons vécu avec cela. Je leur ai donné, avant de partir, une espèce de passe-port pour aller à Benavente, afin de reconnaitre les mules et chevaux qu’on leur a pris. Notre hôte se nomme don Francisco de Paula Fernando d’Alzara ; il est bachelier de Salamanque et labrador de son métier ; je lui ai trouvé de

Pinstruction. Il m’a appris que le château-fort qui domine

l'endroit a été bâti par les Maures et détruit par Philippe ;: lui ÿ à vu encore les portes et dans son enfance il était encore praticable; ce sont les paysans qui l'ont dégradé. Nous avons essayé de mettre des clous à un fer de mon cheval, mais il a fallu recourir au maréchal, que j'ai eu bien de la peine à faire venir ; on lui a pris tous ses outils.

Partis à dix heures après avoir mangé de la soupe aux pois et bu du vin rouge, qui ne manque pas ici. Le temps

@ É est très brumeux et ob$eur; il a gelé à glace cette nuit. Nous avons pris le chemin de traverse, qui est le moins mauvais. À deux lieues nous avons vu un couvent à l’en-

trée du village de Vallonguillos ; nous y sommes descen-

dus vour nous chauffer les pieds ; il était plein de paysans P pets P pay qui achevaient de le vider ; les missionnaires qui lPhabi-

taient sont partis et nos soldats, qui y ont logé, n’y ont.

laissé que traces de dévastation. C'est comme partout ; mais les gens du pays disent que les Anglais ont pour le moins fait autant de mal que nos soldats; ils ont enlevé quarante paires de bœufs de ce village et de deux autres; ils ont bu le vin et menacé les habitants, qui les détestent tout à fait.

Nous sommes enfin arrivés à Villanueva, bourg de terre très étendu et du plus triste aspect ; les poules étaient devant les portes des maisons et les paysans se promenaient : spectacle rare et curieux pour nous | présage heureux pour des voyageurs ! Nous avons voulu nous arrêter pour faire manger nos chevaux : chacun alors s’est sauvé et, sans une vieille femme qui nous à meriés à la posada, nous serions restés dans la rue. L’hôte, croyant peut-être que nous payerions, nous à reçus el à donné l’orge à nos chevaux. L’un de nous étant allé chez l’alcade y a trouvé.

le plus riche labrador du lieu, lequel mourait de peur et.

l'a conjuré de loger chez lui avec ses compagnons ; il est venu lui-même nous chercher. Arrivés dans sa maison, nous y avons été entourés de cent Espagnols qui nous.

assourdissaient, mais qui avaient peur, quoique le peuple

ici soit méchant et pervers. On nous a fait à la cuisine,

seul endroit à cheminée, un énorme feu de paille et de fumier avec un peu de sarments par devant; il n’y a pas

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de bois en ce pays. On s'est occupé de la fricassée, el à n

quelles mains dégoülantes a-t-elle été confiée? Rien de plus sale que les servantes ; rien de plus hideux que les. habitants, tous en manteaux de la couleur de la terre dont.

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