‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 244 sur 293 · LES HABITANTS, LA? CULTURE L · texte numérisé non relu

LES HABITANTS, LA? CULTURE L

leurs cases sont formées. On a tué trois poules ; on a préparé arec l’eau, l'huile puante et le poivre d’Espagne une soupe en allendant la cena ; pour moi, jai pris du chocolate. Nous nous sommes bien chauffés ; un abogado par- Jant un peu français est venu nous demander l’un de nous pour protéger sa maison ; le curé, homme rond, gras, la face reluisante d’huile, sale à faire vomir, mis comme les autres paysans, a élé invité à nous faire compagnie, quoique ne sachant ni le latin ni notre langue. Le barbier, au secours duquel nous étions accourus, croyant que des canonniers voulaient le piller, était de Ja société, mais debout et respectueux. Cet homme, mis d’une manière misérable et ressemblant à un bücheron, à par an sept mille réaux (de cinq sols pièce) pour soigner gratis riches et pauvres du pays; il n’y à que les rixes et batailles qui lui vaillent de l'argent. On a tant remué les pots horriblement dégoûtants et tant brûlé de paille qu'à huit heures on nous a servi Sur une nappe nauséabonde la sopa, la verdura, le lard frit, les œufs avec le fromage et les gallinas; celles-ci étaient dures comme des semelles de bottes : il a fallu manger, parce qu’on avait faim. Il faut voir les servantes de ce pays : cela fait horreur ; en un an elles ne se lavent pas les mains. Et les pots!

Noire hôte se nomme don Emmanuel del Castillo : c’est un bel homme, mais qui est un peu sale aussi. Tout ce monde-là ne quitte pas le grand manteau couleur de drap de capucin et a toujours sur la tête le bonnet du même drap, garni en panne ou velours noir, à quatre angles,

dont celui qui donne sur le front se relève. La padrona

s’est cachée et nous n’avons pu la voir. Nous avons chacun un bon lit, dont j'espère bien profiter. Ce pays abonde en frigo elen vino, mais ni pierre ni bois : on brûle jusqu'au fumier, dont il faut bien que les champs se passent ; mais Ja terre est excellente ; on la laboure avec une corne de bœuf ou au plus une corne de fer emmanchée au bout

d’une espèce de soc de bois; point de roues à cette charrue, que deux mulets ou deux bœufs promènent aisément.

4. — Ce matin, on m’a donné la petite tasse de chocolat; c’est la dose du pays pour tout le monde et un énorme Espagnol déjeune bien avec cette dose si modique à nos yeux; j'ai vu des œufs et en, ai demandé, qu'on m'a fait

cuire à la coque, de sorte que j'ai fait un bon repas, après

lequel j'ai enjambé ma bête. Pour arriver à Fuentes, nous avons traversé une plaine à perte de vue et couverte de troupeaux, mais de moutons communs. Cette plaine si vaste est toute ensemencée de blé, exceplé les champs destinés à recevoir de l'orge au printemps ; pas un arbre, pas un buisson. Fuentes est un village aussi de boue et de sable. À quelques pas de là on aperçoit Benavente et on croit n’avoir qu’une lieue à faire pour y arriver; mais nous en avons mis trois et plus, tant le chemin est long et tortueux. On trouve à portée de cette ville un village nommé Castro : dans quel affreux état il a été mis par le pillage! Et ce sont les Anglais qui ont commencé. Ce village est sur une longue montagne de sable ; les maisons en sont construites ; il y a des habitations qui sont creusées dans le sable de la montagne, au risque d’être un jour écrasé sous le poids et par l'effondrement du terrain susjacent. Ces cases ne sont pas les plus laides ; elles sont blanchies à la chaux, ont leur cheminée au-dessus de la côte et leur porte sur le penchant de la montagne. Les caves ou grulas sont aussi pratiquées dans le sable et quelques-unes s'étendent très loin ; l’armée les a forcées et a perdu plus de vin qu’elle n’eût pu en boire en trois mois.

Enfin nous sommes arrivés à Benavente, ville assez considérable située sur le penchant d’une colline opposée à celle de Castro, ayant eu beaucoup de couvents et d'églises, qui aujourd'hui sont déserts et transformés en casernes ou en écuries. Sa Majesté est encore dans cet

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