‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 245 sur 293 · PORT CONTE · texte numérisé non relu

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RETRAITE DES 2NGLAIS n55

endroit, d’où sa garde à pied et ses gros équipages sont partis à deux heures pour Rio-Seco en passant par Villalpando. Nous avons qualre-vingt-quatorze malades à l’hospice civil, qui a été abandonné par les Espagnols et dont nos chirurgiens font le service à défaut de tous administrateurs. Hier, il y avait une amputation à faire, mais les instruments manquaient. M. Larrey vint à l’hospice avec les siens et voulait que ce füt un de ses aides-majors qui opérât. M. Baudry, chirurgien-major, chef de l’établissement, le pria d'opérer lui-même ou de le laisser remplir ses fonctions, disant avec raison que ce serait lui faire injure que de le réduire à être simple spectateur, dans son hôpital, d’une opération faite par un inférieur, M. Larrey, furieux, lächa quelques menaces et fit emporter ses instruments, de sorte que lorgueil blessé condamna le pauvre palient à souffrir une nuit de plus. Ce matin, M. Baudry, ayant trouvé des instruments auprès d’un chirurgien-major d'infanterie, à fait lamputation en présence de plusieurs de ses confrères, qui n’étaient pas encore sortis, lorsque M. Larrey, ayant réfléchi aux suites el au scandale de sa conduite de la veille, envoyait sa caisse pour l'opération. Ce chirurgien serait plus intéressant et plus estimé s’il n’avait pas la fureur de vouloir être le maître partout ; il a quelques blessés dans l'hôpital de la garde, les chasseurs de Sa Majesté ayant été sabrés par les Anglais il y a quelques jours. Ces misérables Anglais se sauvent à force pour se rembarquer ; on vient d’en amener une colonne à Benavente ; parmi ces prisonniers sont plusieurs femmes de bonne mine et bien habillées. Nos chirurgiens m’avaient réservé un logement où j'ai été bien aise de descendre ; ils y sont tous et on y prépare une grande fricassée pour ce soir. J'ai fait mon lit avec paillasse et matelas; je serai très bien. J'ai vu S. A. le major général, à qui j'ai demandé une escorte de six drag0ns pour recueillir les blessés et malades que je lui ai dit

avoir laissés dans les villages où je ne puis repasser sans cette escorte. Il a fait assez beau. Les Anglais en se sauvant ont fait une coupure assez considérable au grand pont sur le Douro. On vient d'amener deux cents prisonniers.

5. — Il a plu toute la nuit ; les chemins n’en seront que plus mauvais. On part en détail pour Rio-Seco. Sa Majesté ne se dispose pas encore à se mettre en chemin. En causant avec mes collaborateurs, l’un d’eux, M. Beaumont, m’a rappelé un cas de chirurgie fort curieux : à Strasbourg, en l’an VII ou VIII, un soldat ayant eu le bras gauche fracassé et la gangrène étant survenue promptement, M. Moignot, chef de lhôpital, n’osa pas l’amputer; au bout de trois semaines, le bras se sépara et le blessé quérit très bien. J'ai, à cette occasion, parlé des amputations faites à Zurich par M. Willaume, et de mon avis, contre celui de M. Vernet, qui avait condamné sans retour les blessés : l'essence de térébenthine presque bouillante avec laquelle on toucha largement les moignons presque morlifiés, blafards, baveux, opéra si bien que l’inflammation s’établit et amena une suppuration salutaire.

Nos malades sont dans un hospice civil, où il peut en tenir cent, et déjà nous en avons le triple : comment les évacuera-t-on ? Les habitants de ce pays sont méchants ; le proverbe est : Benavente, mala gente; les maisons sont pleines d'imprimés affreux, de pamphlets ridicules contre notre Empereur, qui s’en moque, et contre son frère, qui est au-dessus de ces sottises. Nous n’avons, pour administrer notre hôpital, qu’un capellan et nos chirurgiens ; le vin a manqué aujourd'hui; les abus de toute espèce règnent dans cet établissement abandonné. Parmi nos malades sont dix soldats affectés de fièvre adynamique; la plupart des autres le sont de fièvre muqueuse, catarrhale, gastrique ; ils toussent ; ils sont jaunes, sans appétit, sans force ni courage; un émétique les soulage beaucoup et

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