MARCHEZ, OU À L'HOPITAL ! » L5T
détermine assez souvent une diarrhée bilioso-muqueuse qui met fin à la toux et même à la douleur de côté, quand elle existe ; si celle-ci ne cède pas à l’émétique, un vésicatoire ne manque pas de la faire disparaitre.
M. Kessler, sous-aide au 54° d'infanterie, ayant sauvé le 1* janvier, au passage de l'Orbigo, devant Benavente, deux voltigeurs de ce régiment en se précipitant dans les flots au risque de périr lui-même, je lui ai conseillé de faire attester ce fait par les officiers et généraux qui en ont été témoins, et d'écrire à Sa Majesté pour en obtenir à tilre de récompense le grade d’aide-major, ce qu'il a fait sous ma direction. La lettre a été mise ce soir. Nous verrons ce qui en résultera. |
Le temps est humide, pluvieux, brumeux. Sa Majesté restera ici jusqu à ce qu’elle ait des nouvelles positives des Anglais qui, s'ils venaient à apprendre qu’elle eût fait une marche rétrograde, pourraient être tentés de revenir sur leurs pas et d'attaquer nos dragons et le corps du maréchal Soult. Deux wille cinq cents de ces ennemis fugitifs ont enfin paru ce soir, ayant été faits prisonniers hier.
6. — Belle nuit, beau clair de lune, belle journée. Le soleil a bien adouci Le froid et un peu séché la terre. Jai prêté quatre louis à M. Faure, chirurgien-major, que j'ai laissé à Benavente pour le service de l’hôpital et des cent soixante-dix malades restants. Si on recevait tous les soldats qui se présentent avec un billet d'entrée, il y en aurait bientôt cinq cents. Les colonels ne connaissent que ces mots : « Marchez, ou à l'hôpital! » de sorte qu’un pauvre soldat sans souliers ou ayant les pieds écorchés, faute de pouvoir être reçu à l'hôpital, est obligé de suivre la compagnie; s’il n’arrive pas avec elle, n'ayant pas un billet de sortie, on le frappe de vingt-cinq, cinquante et deux cents coups de savate, ce qui est juste pour les trainards, mais atroce pour un malheureux qui n’a pu ni
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rester ni marcher. Sa Majesté se rasait ce malin, à sept heures et demie, devant sa croisée, son mameluck tenant un miroir devant elle, d’où j’ai conclu qu’elle partirait bientôt. En effet, l’ordre du départ nous a été notifié à neuf heures. Nous avons mangé une forte soupe à loignon, consommé les restes de la veille et à onze heures, ayant tout arrangé, ma mule, mes sacs, provisions, etc., nous sommes partis. >
Le chemin n’est pas beau, mais le temps a été superbe. Nous avons rencontré un Polonais ivre, qui était tombé de cheval et qui, étendu dans la boue à côté de sa docile monture, criait à (ue-tête : «Camarade, Popolisko !» Nous n'avons pas cru devoir le tirer de là, parce que d’autres Po- Jonais, buvant dans un village où nous venions de passer, allaient le trouver et lui donner du secours. Il y a de quoi périr dans celte boue délayée et au milieu des pierres que le passage des voitures a occasionnées ou déplacées.
Villalpando n’est qu’une assez mauvaise bourgade bâtie de boue et de sable ; on y voit les restes de ses anciennes fortifications bâties avec les mêmes matériaux, et tout au plus en briques, du temps des Maures, auxquels les Espagnols nous comparent pour le brigandage et la cruauté. Il est vrai que nul peuple querrier ou vagabond ne nous a jamais égalés pour la dévastation et le brigandage ; je ne suis pas étonné que chaque jour les Espagnols se vengent derrière l’armée sur nos gens isolés. La nuit dernière, à quelques lieues d’ici, ils ont assailli des canonniers et soldats du train marchant avec quatre pièces de canon qui n'avaient pu aller aussi vite que le parc; ils en ont blessé sept, que nous avons pansés ce soir ; parmi eux se trouve un sergent. On a tiré sur les assaillants deux coups à mitraille, mais on n’y voyait pas et on croit qu'aucun n’a été atteint. Réduits à se sauver, nos gens ont coupé les traits et ont abandonné les pièces à cette multitude armée, dont les villages vont probablement être réduits en cendres par
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