‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 248 sur 293 · LE PALAIS DE VAL LADOLID · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE VAL LADOLID

d'enfants de toute taille et de tout âge, et les voilà à composer un roman, disant que c’élaient les enfants des moines, morts ou élouffés, enfin cachés en ce lieu secret, ce qu'annoncaient assez, selon les romanciers, les corps de plusieurs femmes également mortes en cette maison et trouvées hier revêtues d’habits de dominicains. Ceci est un conte : on a, en effet, découvert des cadavres de femmes habillées en moin2s; mais, en Espagne, c’est l’usage des dévots mourants d’endosser un froc, et, pour être enterrée dans un couvent de moines, je crois qu’une femme est obligée d’en prendre l’habit en trépassant. Au resle, il a été commis, il y a peu de jours avant notre arrivée, un meurtre éclatant dans ce couvent sur la personne d’un officier français, ce qui a fait arrêter et garder à vue vingt religieux qui tremblent d’être tous peadus où passés par les armes. Je crois qu’ils n’en auront que la peur el que ce seront deux valets de la maison, les vrais et peut-être seuls coupables du meurtre, qui seront exécutés. Si on laissait faire certaines gens, ils y passeraient tous et le couvent serait complètement évacué; mais la justice tranquille et impartiale de Sa Majesté ne laissera punir de mort que les auteurs et fauteurs bien reconnus du délit.

En me promenant dans le cloître où sont les chevaux de la garde, j'ai examiné les beaux tableaux qui l’ornent d’un bout à l’autre et qui tous représentent un trait de la vie de saint Dominique. L’un de ces tableaux retrace le miracle de ce saint qui, en faisant élever vers le ciel une hostie consacrée et touchant le cavaliere Napoléon, riche seigneur romain, qui était tombé de cheval et en avait été traïné par les pieds pendus aux étriers, avait guéri des plus mortelles blessures ce patient peint mourant et {odo estragado de la cabeza y de los manos. C’est la pre- mière fois que j'ai vu le nom de Napoléon, dont, au surplus, le saint qui l’a porté doit être bien glorieux et bien

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fier dans le paradis de l'avoir transmis à notre immortel héros, par qui il est devenu si beau et si célèbre.

Le palais placé derrière le couvent est extrêmement remarquable par sa forme romaine et par ses plafonds et ornements à la moresque; la fleur de lis y est partout, tantôt seule au milieu d’un écu surmonté d’un chapeau de prélat ; tantôt sans nombre dans des croisées, ou pilastres, ou montants de portes, et ce pélais est du quinzième siècle. On sait que les armes de France ne furent apportées en Espagne qu'à l’arrivée du duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, impatronisé roi de cette contrée; mais de tout temps les rois d'Espagne, ayant tenu à la maison de Bourgogne, se glorifiaient de semer de fleurs de lis leurs armes et palais. Le portail de ce palais est curieux par les figures de guerriers couverts les uns de l’armure du temps et les autres de poils, comme on représente les sauvages. L’escalier est beau. Nous sommes entrés à la bibliothèque, qui fut autrefois une salle magnifique pour le lemps; la porte, qui a quatre cents ans peut-être, est de bois noir d’un beau poli, seulptée à jour d’une manière très élégante, car les Maures ont établi le goût des arabesques et on le retrouve jusque dans les maisons les plus communes; le plafond, ou plutôt la voûte, est décidément asiatique; l'or, le bleu d’azur, le rouge y luttent de toutes parts et le des-

sin, ou plutôt la sculpture, est toute moresque; c’est une

chose très curieuse. Les livres ne signifient rien. Le religieux qui nous a ouvert la bibliothèque ayant vu que l'ouvrage de Montfaucon sur les antiquités m'intéressait a eu l'honnêteté, après avoir refermé la porte, de m'en offrir la clef, que j'ai acceptée.

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