‹ Journal des campagnes du Baron PercyChapitre 25 sur 293 · INTRODUCTION LXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXV

fonctionnaire pour qui les hommes sont de simples unités : il

connaît le soldat ; il a partagé ses fatiques ; tour à tour indigné

de son brigandage ou transporté de sa bravoure, il gémit de ne pouvoir soulager plus efficacement les misères dontil est témoin; mais ce n'est pas lui qui règle tout, et de là viennent ses emportements, sa fureur contre l'administration, la détestable administration, qui paralyse son bon vouloir ou contrarie son initiative. Toutes ses pensées ne tendent qu'à améliorer le matériel des

ambulances et des hôpitaux; on le voit une fois, de onze heures

du soir à une heure de l'après-midi, faire dix-huit lieues en visitant sur sa route plus de sept cents blessés ; à chaque gîte d'étape, son premier soin est de reconnaitre les locaux susceptibles de recevoir ceux qu'il appelle ses enfants; toutes les fois qu'il le peut, il fait établir d'énormes marmites de bouillon aux portes des villes que les convois doivent traverser ; il vérifie les pansements, il surveille Les opérations, il préside aux distributions de vivres. « J'ai moi-même, écrit-il dans son journal, distribué aux blessés un petit verre d’eau-de-vie et autant de pain

qu'ils en ont voulu. Mais quel pain ! Jamais soldat prussien ou

russe n’en mangea de plus détestable, et cependant on s’estime

… encore heureux d’en avoir. Cela console nos braves gens qui le

dévorent, tant ils ont faim. À chaque convoi de quinze ou vingt

… voitures j'attache un chirurgien, qui est obligé de venir prendre

le pain dû à ses malades, n'ayant point d'infirmiers pour ce ser-

- vice et les charretiers s’y refusant ou ne pouvant abandonner

leurs chevaux. Le passage de ces infortunés, qui n'ont pas été pansés depuis quelques jours, laisse une longue trace d’odeur

— cadavéreuse ; chacun les regarde et personne ne leur offre ni se-

cours ni consolations ; on a seulement l’air de les plaindre (1). »

+ Attentif à tout ce qui peut diminuer le contingent des victimes » de la.guerre, Percy se montre justement soucieux de l'hygiène - du soldat : c’est ainsi qu'en Espagne il se préoccupe des cas - d'asphyxie déterminés par l'usage inintelligent des braseros et

: (1) CG. Laurent, Histoire de la vie et des ouvrages de P.-F. Percy,

que le danger de ce mode de chauffage fait l'objet de deux notes remises au major général. Il avait été des premiers à insister avec son collègue Coste sur la nécessité de vacciner les hommes présents sous les drapeaux. L'ivrognerie a en sa personne un adversaire résolu : dès 1789, il avait adressé au directoire des hôpitaux un mémoire dans lequel il indiquait les moyens de combattre ce vice, et on le voit, en 1807, faire placer des baquets d’eau vinaigrée sur le passage des régiments et galoper le long des colonnes en criant aux grognards de courir au vinaigre plutôt qu'au schnapps. Ses conseils sont toujours frappés au coin de l'expérience ; le cantonnement est, à son avis, préférable au bivouac; il voudrait qu'on ne fit bivouaquer les troupes qu'à la dernière extrémité, chaque nuit passée en plein air amenant infailliblement l'entrée d’un certain nombre d'hommes à l’'ambulance. À l'exemple de son maître Louis, il ne dédaigne pas de descendre dans les plus petits détails; on sait qu’à ses débuts la fréquence des hernies parmi les cavaliers avait attiré son attention; plus tard, la chaussure du fantassin ne lui parut pas réunir les conditions nécessaires pour effectuer de longues marches, et, pendant la campagne de Pologne, l’affaiblissement de l'effectif de l'armée par les blessures au pied lui donna complètement raison.

Où Percy est surtout à étudier, c'est dans ses rapports avec ses collègues : celui que quelques écrivains ont accusé d'être ombrageux et susceptible à l'excès se révèle dans son journal sous un jour bien différent, et l'on se convainc de la vérité du témoignage qu'un ancien chirurgien en chef de l’armée de la Moselle lui a rendu, lorsqu'il a dit « qu'il joignait encore à toutes ses grandes qualités celle d’être un excellent camarade (1) ». Personne ne s’associe plus franchement que lui aux succès d’autrui ; il prend en toute circonstance la défense de ses collaborateurs ; c'est pour eux qu'il se fait solliciteur; les distinctions qui leur sont conférées lui causent une joie profonde; apprend-il,

. (4) THomassin, Éloge prononcé à la séance publique de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, p. 16.

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