CORVISART, BOYER, SABATIER
— Oui, Sire, mais il a quitté cette partie pour ne suivre que la grande chirurgie. C’est aussi un chirurgien d’un talent transcendant. M. Pelletan devrait être cité avant lui et avant M. Boyer ; mais il vieillit, et dans notre état, comme dans bien d’autres, il faudrait toujours être jeune.
— n'y a pas longtemps que vous êtes de l’Institut ?
-— Sire, j'en étais membre non résident depuis sa création. À la mort de M. Lassus, la classe, après d’assez longs débats entre la section de médecine et celle de chirurgie, m'a fait l'honneur de me nommer résident ou titulaire. J’étais absent et, par conséquent, très innocent dans celte lutte; aussi, à mon arrivée à Paris, j'ai demandé pardon de la préférence qu'on m'a accordée à M. Corvisart, mon honorable ami et le premier médecin de Votre Majesté.
— Oh! Corvisart, dans aucun cas, ne pouvait passer avant vous ; l’Institut vous a rendu justice.
— Sire, la place vaquait dans la section de chirurgie et non dans celle de médecine; la chirurgie a soutenu ses droits et on dit que M. Pelletan a déployé beaucoup d'énergie dans cette occasion. Au reste, M. Corvisart est bien sûr d'être admis à la première place qui viendra à vaquer.
— Et Boyer, est-il de l’Institut ? Je sais que Dubois n’en est pas.
— M. Boyer ne tardera pas d’y entrer ; M. Sabatier lui fera place; cerespectable vieillard a près de quatre-vingt-dix ans.
— Diable ! comme vous tuez les gens, mon cher Percy!
Sabatier est un jeune marié; on dit que son épouse n'avait que vingt ans quand il l’a prise, et qu’elle lui a donné des enfants.
— Sire, je serais au désespoir d’abréger d’un jour la carrière du patriarche, du Nestor de la chirurgie française ; mais, selon le cours de la nature il doit mourir avant M. Boyer, et, d’après l’estime et la réputation de M. Boyer, celui-ci doit lui succéder à l’Institut.
Th [JOURNAL DU BARON PERCY (2
— À propos, nous avons eu dix-sept canonniers as-
phyxiés celte nuit par le charbon d’un brasier ; on dit qu’il en est mort deux.
— Ce n’est pas faute d’avoir averti les troupes du danger d'allumer ces brasiers dans les lieux fermés; j'ai eu l'honneur de remettre à Son Altesse une note hygiénique, qui a été publiée plusieurs fois à l’ordre de l’armée, et l'exemple des habitants, qui ont bien soin de souffler leur brasier, tous les matins, devant leur Porte, aurait dû seul avertir les militaires de prendre la même précaution. Mais le soldat fatiqué se néglige; s’il a bu, il n’est plus en état de penser à rien ; il se couche partout où il trouve une place; il s'endort à la funée, à la vapeur du charbon, et quelquefois il ne se réveille plus.
__ Avons-nous perdu beaucoup de soldats par cet accident ?
—— Extrêmement peu, Sire.
Et par le froid, dans les boues, par les excès de vin ? Un homme de ma garde est, m’a-t-on dit, mort dans la boue.
__ Cet homme était cantinier de la garde de Votre Majesté : ayant eu le malheur d’embourber sa charrette, il se mit en colère, jura, cria, s’épuisa en vains efforts, se refroidit jusqu’au ventre dans celte boue, s’affaiblit peu à peu, invoqua la mort, voulut se tuer lui-même et périt; je laissai un chirurgien pour délivrer à sa veuve un acie mortuaire provisoire. Il n’est guère mort dans les mauvais chemins que des hommes pris de vin, qui se laissaient aller au sommeil où qui tombaient sans pouvoir se relever. Quant aux excès de vin, jamais armée n'avait tant bu etil fallait cela à la vôtre pour soutenir les fatigues et les marches qu’elle a eues à essuyer.
— Il faut avouer qu’elle s’en est bien donné.
— Sire, si vos soldats n’eussent trouvé que de l’eau, Votre Majesté en eût perdu la moitié : l'abus du vin a fait un peu de mal; l'usage de l’eau lui en aurait fait beaucoup.
Y alpes a Vin, à