IL EST ACCOUCHÉ D’UNE BALLE
Rien ne délasse Le soldat comme 1 bon coup de vin, et comment digérerait-il, sans le vin, les viandes mal cuites dont il se repait? Bien boire, bien manger et bien se battre, voilà trois qualités qu’on ne peut reluser aux soldats français.
— Îls ont mangé beaucoup de viande de cochon et cela n’est pas bon.
— Ils digéreraient du fer, Sire ; mais ils ont consommé plus de moutons que de cochons, et j'ai eu bien peur pour les mérinos, même pour les boucs et les chèvres.
M. ..., chambellan de service, a dit ici: « Sire, Votre Majesté sait-elle comment les soldats appellent les outres ? Ce sont des musettes, et c’est jouer de la musette que de mettre le nez à la peau de bouc. »
— Avons-nous eu beaucoup de blessés devant Madrid ?
— Environ trois cents.
— Je ne croyais pas qu’il y en eût eu autant. Ce pauvre général Colbert a été tué, à deux lieues d’Astorga, d’une balle au front; il n’a pas souffert.
— Sire, j'ignorais la perte qu'a faite Votre Majesté. Je connaissais beaucoup ce brave et aimable officier : je le regrette vivement; il-est mort comme le général Labruyère, d’un coup de feu à la tête. |
— Avez-vous vu M. de Ségur ?
— Je n'ai pu le voir à Buitrago ; mais j’appris qu’il allait bien, qu’il n'avait aucun des accidents qui annoncent la lésion des viscères et que la balle qui avait frappé la poitrine n'y avait pas pénétré.
— Celle du bas-ventre y est restée. Cela ne peut-il pas entraîner des suites ?
—Sire, la nature se délivrera du corps étranger ; le mouvement continuel des intestins chassera la balle de côté ; elle se logera dans les graisses et son poids l’entraînera vers lanus, où elle suscitera un abcès dont ouverture lui donnera issue.